Pour Platon, une peinture n’est qu’une copie de copie et en fin de compte une imitation illusoire du réel. Les peintres ont voulu répondre à Platon. Magritte, avec la légende de son tableau « ceci n’est pas une pipe » énonce une vérité en désignant lui-même l’illusion qu’il a créée. C’est avec humour que Magritte dissocie le monde réel du monde de l’art…et que nous savons tous faire même si l’art n’est pas sans pouvoir, même s’il captive notre conscience, nous émeut comme le ferait le monde réel. L’ambiguïté de l’art vient de ce que l’artiste ne re-crée pas le réel mais qu’il ne prétend pas nous en détourner non plus : « Tous les écrivains pensent être réalistes, écrit Alain Robbe-Grillet. Aucun jamais ne se prétend abstrait, illusionniste, chimérique, fantaisiste, faussaire… Le réalisme est l’idéologie que chacun a sur la réalité, des idées différentes. Les classiques pensaient qu’elle était classique, les romantiques qu’elle était romantique, les surréalistes qu’elle était surréelle, Claudel qu’elle est de nature divine, Camus qu’elle est absurde, les engagés qu’elle est avant tout économique et qu’elle va vers le socialisme. Chacun parle du monde tel qu’il le voit, mais personne ne le voit de la même façon. »


 Cependant, Molière, créant le personnage de Tartuffe, le dévot hypocrite, un personnage sans existence historique, s’est attiré les foudres des bigots qui ont voulu interdire la pièce.
La bataille d‘Hernani, Victor Hugo déclenche l’émeute dans la salle entre les partisans du bon goût bourgeois et les partisans d’une esthétique modernisée du drame historique reflétant mieux par la superposition des époques les mœurs et le point de vue critique sur la société du XIXème siècle. La polémique devient un phénomène médiatique relayé par les journaux de l’époque, puis un fait socio-politique reflet d’une France divisée. Est-ce à dire que la réception de l’oeuvre a complètement échappée à son auteur cette fois là ou a -t-elle simplement dépassée les espérances du dramaturge engagé en défrayant la chronique ?
 Ainsi,on pense encore à Zola qui écrivant l’Assommoir n’a pas peut-être dit ce que la condition ouvrière était mais à prétendu le dire : « Mon œuvre est une œuvre de vérité…le premier roman sur le peuple » qui s’est exclamé : Nous sommes bien meilleurs que cela ! 


Mais, dans les classes dirigeantes, on a considéré que si le peuple était tel que l’avait décrit Zola il fallait supprimer le suffrage universel.
On voit bien le danger de considérer l’art comme un reflet du monde réel ou de le cantonner à une fin de médiation idéologique:
Platon, considérant qu’il n’était pas inoffensif, voulait le censurer. Cela dit dans l’empire romain, un peu plus tard, les spectateurs citoyens sont rémunérés par les « candidats » à la magistrature du cursus honorum, le clientélisme politique fidélisé par la sportule, afin d’assister au représentations théâtrales.


Tandis que nos sociétés modernes et démocratiques ont choisi d’accorder à l’artiste une totale liberté d’expression. Dès lors, l’oeuvre d’art, quel que soit son contenu, échappe à toute juridiction sauf celle du goût. La formule qui symbolise cette liberté a été donnée par l’écrivain Flaubert : 

«  Ce qui est bien écrit ne peut nuire. »
On a vu que Platon voulait censurer l’art, moins par la haine de ce dernier, mais en raison d’une haute considération de son pouvoir. Car, paradoxalement, Platon se donne à penser comme un philosophe artiste, un imaginatif de l’Au-delà et un philosophe religieux .
Une superbe expression du pouvoir religieux de l’art sera donnée par le philosophe néo-platonicien Plotin, lorsqu’il écrira :
« Phidias fit son Zeus, sans aucun égard à aucun modèle sensible, il l’imagina tel qu’il serait, s’il consentait à paraître à nos regards . » Ennéades, V ,8,1
 


Mais à partir de quel but penserons-nous l’art si les Dieux sont morts et si l’Art leur survit ? Au XXème siècle, Jean-Paul Sartre estimait encore que la littérature devait avoir une fonction : celle de l’engagement politique au service de la classe exploitée.

(Qu’est-ce que la littérature?à voir aussi pour la réflexion de l’engagement artistique dans le combat de la Négritude et de la génération d’écrivains victimes de la violence coloniale)


La valeur d’une œuvre d’art peut-elle dépendre de la valeur de la cause politique au service de laquelle l’auteur de l’oeuvre d’art s’est mis ?
Qui oserait aujourd’hui soutenir qu’une œuvre d’art est un œuvre d’art si, et seulement si, elle a un contenu politique ou religieux ? Pour les théoriciens de l’Art pour l’Art (qui furent des écrivains comme Théophile Gautier ou Baudelaire), l’art n’a à se mettre ni au service de la politique ni de la religion, ni de la morale.
 


Faut-il ne plus assigner à l’Art d’autre but que lui-même ? Ce qui est séduisant dans l’idéal de l’Art pour l’Art , c’est l’idée que l’Art deviendrait à lui-même son propre but, que la puissance de l’oeuvre d’art ne s’épuiserait pas dans une fonction déterminée. Constatons : la cathédrale gothique devenue aujourd’hui musée n’est plus souvent un lieu de culte mais un objet de perception esthétique. La difficulté reste alors de définir pourquoi une œuvre d’art est une œuvre d’art si son essence ne se réduit pas à sa fonction.
Nous avons cru pouvoir donner une définition minimale de l’oeuvre d’art et avons réfléchi aux qualités que l’on devait attendre de l’oeuvre d’art.
L’acharnement à trouver une définition de l’oeuvre d’art est suscité aujourd’hui par l’évolution de l’art contemporain vers des formes déconcertantes.
La recherche de la beauté semble supplantée par le désir des artistes de choquer le public.
 


Faut-il que les artistes proposent à nouveau à l’art un but majestueux, la quête de valeurs, l’amélioration de l’homme ?
La théorie de l’Art pour l’Art correspond à un sentiment partagé par beaucoup : ce sentiment, c’est que l’art n’est pas un moyen mais qu’il vaut en lui-même, par lui-même.

Certes, l’Art est inutile, il est un luxe, il est une fête. Gautier souligne que la beauté n’est pas indispensable, qu’on pourrait remplacer les tulipes par des choux, mais que s’acharner à ne pas mourir n’est pas vivre.

Critiquant la théorie de l’Art pour l’Art, dans Le Crépuscule des idoles, Nietzsche dira que l’Art ne peut pas être sans but, qu’il doit être le grand stimulant de la vie.
 
Faut-il penser comme Nietzsche qu’il faut renouer avec une théorie fonctionnaliste de l’art ?
Il n’y a pas de vie réellement vécue sans Art.
Proust affirme que la vie est la fin suprême de l’Art, puisque l’artiste voue sa vie à l’Art au point que la vie passe du côté de l’art : « La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c’est la littérature. »
Le Temps retrouvé , Folio Essais p. 257


Les concepts au programme en rapport avec ces notions :
 


Le programme TLE GENERALE propose à l’étude dix-sept notions :
soit 10 concepts en corrélation
 
 
 L’art
L’État
Le langage
La liberté
La nature
La raison
La religion
La science
La technique
La vérité
 
 


D’autres concepts pour ouvrir des perspectives :
 
Le Beau : voir le KALOS KAGATHOS des philosophes de l’Antiquité
Le Banquet de Platon, sur la fonction de l’art. Mais aussi les structuralistes avec Jackobson.
icône versus idole, grec ancien εἰκών, eikōn (« ressemblance, image, portrait ») VS  le sens grec d’eidôlon (εἴδωλον), le religieux et le profane, mais aussi le sens critique dans la représentation de la condition humaine : « l’imperfection est la cîme » Bonnefoy.
 


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