Le Martyr Calviniste

ETUDES PHILOSOPHIQUES DE LA COMÉDIE HUMAINE sur la monarchie et la religion, Sur Catherine de Médicis

Le projet de la Comédie Humaine

Vous trouverez dans cet article 2 passages étudiant les principales scènes historiques de l’histoire du Tumulte d’Amboise 1560 et l’étude des portraits de 3 personnages, portrait du héros et des personnages historiques de Catherine de Médicis et de Calvin (et Théodore de Bèze).

L’Introduction à Sur Catherine de Médicis a été composée à la même époque que l’Avant-Propos de La Comédie Humaine. Pour mieux comprendre les enjeux littéraires de ce roman citons quelques

Extraits de l’Avant -Propos de La Comédie humaine ,Cercle du Bibliophile, tome I , d’après l’édition illustrée de 1852:

« La société est calquée sur l’animalité ; le milieu social et naturel crée l’homme, mais l’individu inscrit son nom dans les choses. La traduction esthétique de cette vision unitaire de l’humanité eût été impossible sans l’exemple de Walter Scott. » Rolland Chollet

« Le voici cependant qui clame à nouveau son credo politico-religieux_ « J’écris à la lueur de deux Vérités éternelles : la Religion, la Monarchie… »

« La passion est toute l’humanité. Sans elle, la religion, l’histoire, le roman, l’art seraient inutiles. »


L’ensemble des romans réunis sous le titre La Comédie Humaine a pour but, selon la célèbre formule de Balzac, de « faire concurrence à l’état civil » (Avant-propos à la Comédie Humaine). Cette concurrence prend trois aspects décrits par Balzac lui-même : « les Études de mœurs, représenteront les effets sociaux, (…) la seconde assise est les Études philosophiques, car après les effets viendront les causes (…). Puis, après les effets et les causes viendront les Études analytiques, car après les effets et les causes, doivent se rechercher les principes (…). ». La Comédie Humaine est construite de manière à embrasser tout le XIXe siècle pour dresser le portrait de la complexité du monde et de la société.


Walter Scott (1771-1832) et les lettres de noblesse du roman historique :

C’est la lecture de Walter Scott qui donne à Balzac le goût de l’histoire.

Avant d’être écrivain, Scott est un avocat et il n’entre en littérature véritablement qu’à la mort de son père, où il redécouvre l’Ecosse et veut, comme Virgile le fit pour sa patrie dans l’Enéide, en redorer la légende. Il ne faut pas non plus sous-estimer l’aiguillon que fut pour lui le succès de Lord Byron.Tout deux sont restés des figures importantes du romantisme britannique. Il se lance alors dans le roman historique. Son premier vrai roman historique et aussi celui que nous connaissons tous: Ivanhoé 1819.

Il y évoque une grande fresque de l’Angleterre du XIIème siècle; puis, dans ses autres romans, il évoque les complots papistes, les croisades et les guerres napoléoniennes.


le roman historique balzacien:

S’inspirant de Walter Scott, le jeune Balzac écrit sur l’histoire de France,et cela pendant des années et cette matière servira de base au roman. Le personnel romanesque de ce roman est très complet dans la peinture de la cour à la Renaissance.

Autant de personnages, autant d’échecs tragiques. Il semblerait que la catastrophe de ses héros, c’est le destin de la passion selon Balzac.

On se demande aussi si Balzac n’a pas aussi voulu montrer l’influence incroyable des femmes, car c’est elles qui gouvernaient en ce temps là sur l’Europe.

Balzac a aussi l’art de ressusciter les villes, le Paris du XVIème et la rue de la Pelleterie. Pour les châteaux c’est différent, car il les connaît bien, ayant été accueilli en Touraine par ses mécènes.

Balzac est un merveilleux vulgarisateur de l’Histoire, la petite et la grande.

Balzac s’intéresse au roman historique et rédige entre 1824 et 1828 Les premières ébauches sur l’Histoire de France pittoresque. Malgré l’art du romancier, on perçoit aisément le travail érudit dans la recherche d’informations historiques exactes, les recherches et lectures passionnées de l’élève de Walter Scott sur le personnage de Catherine semblent avoir duré plusieurs années.

Les sources historiques de Balzac au sujet de La Réforme 1560 ou Tumulte d’Amboise sont variées : Varillas, Brantöme, Dreux du Radier et autres écrivains du XVIème siècle.

La recette de Balzac pour le roman historique pourrait se résumer ainsi :

  • une information objective
  • une vision originale du personnage
  • l’invention d’une fiction, d’ailleurs en 1830 c’est la mode des « contiers » qui brossent des scènes de mœurs grâce à l’observation de leurs contemporains et à l’imagination pour les rapprocher de la vérité historique ou ontologique du personnage historique.

Il est indéniable que Balzac est un des écrivains les plus doués de sa génération pour ce qui est de la peinture de mœurs et de l’ambition de la fresque épique de la Comédie humaine. Et, il est aussi remarquable par son génie concernant la psychologie du personnage romanesque.

Ce roman est à proprement parler le seul véritable roman historique de Balzac, et c’est aussi la dernière en date de ses Etudes philosophiques au sein de la Comédie Humaine.


Les personnages historiques du roman:

Calvin

Luther

Théodore de Bèze

Catherine de Médicis

Giverny

François Ier (évoqué dans décor de la cour de Blois et Chambord)

François II (fils de Catherine)marié à Marie Stuart

Les deux balafrés ou ducs de Guise :

Henri Ier

François Ier de Lorraine

Henri II

Henri de Navarre, chef du parti huguenot, Henri IV

Les princes de Condés

Les Valois

Les Bourbons


Les dates des troubles en France et en Europe:

1517 la Réforme , publication 95 thèses par Luther

1560 Le Tumulte d’Amboise

1562-1598 les guerres de Religion à venir

Août 1572 La Saint-Barthélémy

1545-1563 La Contre-Réforme:

De nombreux chrétiens attendent un concile pour réformer en profondeur l’Église catholique. Luther lui-même réclame la réunion d’un concile. Cela dit il n’est pas invité, le concile est unilatéral, l’énoncé de l’ordre du jour ne laisse pas de doute quand à l’intention: « éliminer les ennemis du christianisme »… lire: Sus au huguenot!

Mais même sans dialogue, ni antagonisme,rien n’est simple et les conciles se multiplient sans résoudre la crise ou sans freiner la révolution des idées.

le 13 décembre 154517 septembre 1549

Le 1er mai 1551-28 avril 1552

Le concile recommence donc le 18 janvier 1562.

220 prélats signent l’acte final le 4 décembre 1563.

L’intrigue royale, dispute du trône de France entre les Guise, les Valois, les Bourbons et les Médicis:

Henri de Navarre est élevé dans les idées religieuses de la confession calviniste. Pendant les guerres de religion, dès 1569, il devient le chef des protestants français. En 1572, il est marié à Marguerite de Valois, sœur du roi Charles IX. En 1584, la mort du duc d’Alençon, dernier frère du roi Henri III, fait d’Henri de Bourbon, l’héritier de la couronne de France. Les catholiques les plus intransigeants forment alors la Sainte Ligue qui refuse l’idée d’un roi protestant. En 1589, il se réconcilie avec Henri III.

Marie Stuart est effectivement éduquée à cette époque en France à la cour des Valois de 1548-1560

23 décembre 1588, assassinat du duc de Guise sur ordre d’Henri III et de son frère le lendemain.


Balzac est-il engagé dans une cause?

Balzac n’est pas connu pour son engagement. Aujourd’hui, nous dirions qu’il est conservateur.

Il est monarchiste et de confession catholique, sans forcément être pratiquant.

Faiblesse du génie, ou opportunisme de plume, l’écrivain donne dans l’opinion dominante, car il est hébergé en Touraine par de riches mécènes issus de l’aristocratie.

La vision qu’il offre dans ce roman des progrès de la Réforme et de son importance historique et un savant mélange de lucidité, de cynisme et de conformisme :

opposant Marie de Médicis et Catherine:

« Catherine de Médicis, au contraire, a sauvé la couronne de France ; elle a maintenu l’autorité royale dans des circonstances au milieu desquelles plus d’un grand prince eu succombé.

Ayant en tête des factieux et des ambitions comme celles des Guise et de la maison Bourbon, des hommes comme les deux cardinaux de Lorraine et comme les deux Balafrés, les deux princes de Condé, la reine Jeanna d’Albret, Henri I, le connétable de Montmorency, Calvin, les Coligny, Théodore de Bèze, il lui a fallu déployer les plus rares qualités, les plus précieux dons de l’homme d’Etat, sous le feu des railleries de la presse calviniste. »

extrait récit du massacre des princes protestants ou Tumulte d’Amboise rubrique Lettres


Le projet littéraire de « Sur Catherine de Médicis » et du roman Le Martyr Calviniste

La lettre préface : À qui ? Pourquoi ?

En 1842, Balzac écrit à un membre de l’Académie des Beaux-Arts, le Marquis de Pastoret.

Il lui présente son étude sur Catherine de Médicis et espère trouver un franc soutien pour son œuvre, car lui aussi a étudié l’histoire de cette figure royale.

«  doit-on s’étonner, monsieur le marquis, de voir l’histoire moderne, si négligée, que les points les plus importants en soient obscurs et que les calomnies les plus odieuses pèsent encore sur des noms qui devraient être révérés ? »

Il argumente sur la nécessité de son entreprise romanesque :

« l’histoire la plus importante au temps actuel, celle de la Réformation, est pleine d’obscurités si fortes qu’on ignore le nom de l’homme qui faisait naviguer un bateau par la vapeur à Barcelone dans le temps que Luther et Calvin inventaient l’insurrection de la pensée ? »

Et

«  je rendrais ainsi au caractère et à la fidélité de l’homme monarchique un public hommage, peut-être précieux par sa rareté. »


voir lien extrait Le portrait de Catherine de Médicis

ANALYSE PORTRAIT CATHERINE

Selon Balzac,Catherine de Médicis est l’objet d’une de ces vengeances posthume, elle qui n’a d’autre tort que d’avoir préservé sa vie et sauvé le pays de l’hérésie protestante.

En guise d’Introduction aux 3 études qu’il a consacrées à cette reine, il écrira donc l’apologie qu’elle mérite.

On y voit Catherine expliquée par son temps, son origine, sa famille, son mariage malheureux.

« par une souffrance longtemps en durée » .En somme, c’est un personnage balzacien.

Sa vie et son règne vérifieront une conception balzacienne de l’Histoire : que les individus de génie modèlent les peuples.

La passion est le levain de l’humanité.

Ce n’est qu’avec Tolstoï Guerre et Paix qu’ils seront représentés comme des destins exemplaires emportés par l’obscur mouvement des nations.

On a dit au contraire que l’explication des guerres de religion proposée par le romancier était singulièrement moderne.

L’image de l’homme qu’elle présente est si cohérente, si profonde …

Rolland Chollet nous explique la composition du récit et la place du portrait :

« La présentation des Lecamus, famille protestante de Chirstophe, se trouve enveloppée dans le vaste portrait de Catherine de Médicis et nous aurons un roman composé de deux drames concentriques, celui de la reine et celui de Christophe[…], jeune calviniste.

Poussés l’un par la foi, l’autre par l’ambition, chaque héros risque en même temps sa vie [ …]la mort de François II et la chute des Guise, les délivrent. »


Christophe,le héros balzacien

La Comédie Humaine Balzac Le Martyr Calviniste
Christophe le héros balzacien du Martyr Calviniste

voir lien sur extrait portrait et torture du jeune calviniste

Qu’a-t-il de commun avec le héros balzacien traditionnel ?

Un jeune homme idéaliste confronté aux plus dures réalités de la société de son temps. Entre héros romantique et héros réaliste.

La passion d’un caractère qui le fait sans cesse courir vers sa destinée. Parfois, de façon tragique et avec un récit qui se teinte de moralisme, sans toutefois être aussi déterministe que le seraient les réalistes ou les naturalistes.

Le personnage de Christophe évite la tragédie de justesse grâce à l’intervention d’un père aimant. Cela donne aussi une image de la famille et de la solidarité de la communauté protestante à l’époque.

Un jeune homme qui essaie de s’élever dans la société. Non pas comme un arriviste, ni non plus comme le héros romantique stendhalien perdu entre deux époques, celle de la gloire militaire et celle des ordres, quête identitaire douloureuse autrement appelée Mal du Siècle.

Le héros du Martyr Calviniste est bien un personnage fictif qui s’inscrit dans l’époque de la Renaissance, mais ses attitudes et ambitions ressemblent beaucoup à celles des jeunes hommes du XIXème. C’est-à-dire, un héros qui cherche sa place dans une société qui n’est pas faite pour lui, qui n’est pas faite pour les humbles entendant s’élever dignement par les ressources de leur esprit et de leur volonté.

Christophe est un personnage qui concentre, cristallise même, le destin d’un peuple bourgeois de France qui achète la paix politique aux Médicis au prix du sang.

On lui offre une charge suite à son héroïque Martyr, qui laisse de la marge à Catherine pour reprendre les rênes du pouvoir, il évite la mort, il connaît les péripéties du héros romantique et balzacien, sans en connaître la triste fin.


Admirable et héroïque comme les héros balzaciens et stendhaliens du XIXème:

Les redresseurs de torts comme Rastignac dans le Père Goriot

Les Révoltés comme Julien Sorel dans le Rouge et le Noir

Les grands amants comme Raphaël dans La Peau de Chagrin et Fabrice Del Dongo dans la Chartreuse de Parme

Le roman historique Le Martyr Calviniste,par de là les convictions, exalte l’idéal romantique et met en scène la passion, le courage et la force de caractère que donne la conviction de défendre une liberté spirituelle.

En cela, Christophe excède (cf. extrait torture) les capacité d’un homme et devient un martyr, survivant, emblème vivant d’une cause. Personnage symbolique d’une fresque historique.

Mais, par certainement soucis de vraisemblance psychologique, Balzac lui donne néanmoins un caractère :doux, très volontaire, sobre, chaste, déterminé ,dans lequel on retrouve entre les lignes un plaidoyer pour les vertus éminemment reconnaissables des peuples protestants.

La définition des types, par exemple,explique ces personnages qui « ne vivent qu’à la condition d’être une grande image du présent. Conçus dans les entrailles de leur siècle, tout le cœur humain se remue sous leur enveloppe »

Retrouvez l’Histoire de la pensée sur ce blog Smart en philo, pour refaire le point sur les notions clefs comme La Renaissance.


Le portrait de Calvin

extrait le portrait balzacien de Calvin

Luther et Calvin, on note que Balzac s’est peut-être trompé de portrait physique…

Un peu d’Histoire d’abord…

La Reforme luthérienne, que retenir du personnage historique de Luther(1483-1546)  ?

Né en 1483, en Saxe, Luther entre au couvent des augustins d’Erfurt et est ordonné prêtre en 1506. En 1517, il affiche sur les portes du château de Wittenberg « 95 thèses » hostiles à la pratique des indulgences : cet acte de subversion marque le début de la Réforme. Par la suite, il entreprend de réformer la messe ainsi que la hiérarchie religieuse, Rome tente de l’amener à se rétracter : en vain. En 1520, il s’oppose au pape (qu’il qua lifie d’« Antéchrist »); il est excom munié et mis au ban de l’Empire.

Luther est l’inspirateur de la Confession d’Augsbourg, qui résume sa doctrine : nécessité d’un retour aux sources (1« Écriture seule »); autorité exclusive de la Bible ; reconnaissance de deux sacrements, le baptême et la Sainte Cène (au lieu des sept de l’Eglise romaine). Ce texte constitue actuellement encore la confession de foi des Églises luthé riennes. La doctrine de Luther est fondée sur une représentation pessimiste de la nature humaine : à la suite du péché ori ginel, l’homme, être foncièrement «courbe », s’est tourné vers lui-même, au lieu de s’élever vers Dieu. Il a idolâtré son propre désir ; Dieu, afin d’éviter la domination totale de Satan, a dû impo ser au spirituel, par la coercition si nécessaire, un royaume temporel. Cependant les vrais chrétiens n’ont pas besoin d’un gouvernement séculier : la loi de Dieu, en effet, ne peut être impo sée. Le chrétien la suit librement : aucun ecclésiastique, aucun prince n’a de prise sur sa conscience. Le véritable gouver nement spirituel appartient à la commu nauté d’amour et de solidarité constituée par tous les vrais chrétiens ; leur seul chef est le Christ. La naissance des Eglises de la Réforme suscita la réaction de Rome (concile de Trente, 1545), suivie de ce que l’on a appelé par la suite la « Contre-Réforme». 


La Contre-Réforme, que retenir du personnage historique de Calvin (1509-1564) ?

Écrivain et réformateur religieux né en Picardie. Au cours de ses études à Paris, puis à Orléans et à Bourges, Calvin fréquente des cercles huma nistes ouverts aux idées religieuses nouvelles et se convertit aux thèses de la Réforme vers 1532. Il se rend à Genève en 1541, sur l’invitation de la ville, pour y organiser l’Eglise réfor mée. En 1553, Michel Servet (théo logien quelque peu « déviant ») y est condamné et brûlé comme hérétique (à l’instigation de Calvin). En 1559, Calvin fonde l’Académie de Genève qui devient le centre intellectuel de la Réforme, à partir duquel les idées du protestantisme se diffuseront dans toute l’Europe.

 

La doctrine de Calvin est tout entière religieuse et chrétienne, et n’entend se prononcer sur la nature de l’homme, sur 

la question du libre arbitre* ou du mal*, par exemple, qu’à partir du double éclai rage de l’Écriture sainte et de la foi*. Selon Calvin, en effet, la nature de l’homme est entièrement pervertie par le péché originel qui obscurcit tout à la fois son intelligence et son coeur. Depuis la faute d’Adam, «en toute la nature de l’homme, il ne reste plus une seule goutte de droiture » (Commentaires, 3 6). Aussi la conversion à Dieu et à la vie moralement bonne ne peut-elle se faire sans le secours de la grâce* divine. Le salut* lui-même est accordé à l’homme de toute éternité. C’est la théorie de la prédestination, selon laquelle Dieu accorde sa miséricorde à ceux qu’il a élus, sans que ce choix soit déterminé par des motifs accessibles à l’intelligence humaine, comme la volonté de récompenser le mérite, par exemple. 


EXTRAIT PORTRAIT CALVIN ANALYSE

Pourquoi Balzac fait-il le portrait de Calvin plutôt que Luther ?

Balzac a tout intérêt à choisir la figure la plus polémique et dramatique pour pouvoir diaboliser la personnalité du prédicateur, éviter la censure, et introduire sans trop trahir les évènements historiques un cheval de Troie au sujet de la torture et du massacre des protestants en France dans le milieu de l’édition mondaine et les salons en vogue.

Nul doute que Balzac envisage la postérité de son œuvre à très long terme et au vue de son investissement dans les travaux préparatoires à la genèse de ce roman (une dizaine d’années), il sait l’importance de ce qu’il lègue comme témoignage sur cette page décisive de l’Histoire de France. Une véritable leçon pour comprendre le machiavélisme politique à l’oeuvre dans d’autres type d’intrigues idéologiques.

Choisir Calvin est moins suspect, car c’est une figure plus controversée que Luther à l’époque et plus proche du lectorat, car d’origine française. Il est connu pour avoir eu les même excès que les princes, le meurtre politique. Même si le titre met l’accent sur le jeune héros protestant, c’est la figure de Catherine qui a fasciné le jeune biographe ,Balzac, et autour de laquelle est reconstituée la trame historique du récit.

De plus, Balzac sert ainsi une vérité historique, un concile a vraiment été demandé à l’époque de Catherine de Médicis et vraisemblablement il y a eu une intelligence politique avec Calvin .


ELOGE OU BLÂME
Du côté élogieux…

Avec les Citations à relever dans l’extrait de la rubrique Smart Lectures :

Balzac admire Calvin pour son génie politique , sans pitié pour ses rivaux

Balzac montre la finesse de Calvin capable de s’entendre avec Catherine

Balzac met en exergue dans ce portrait la résistance, l’intempérance, mais aussi la détermination et l’exercice phénoménal et communicatif de sa volonté grâce à une forme d’intransigeance et de non complaisance à soi-même, « sérieux », « pureté de moeurs »traits correspondants assez à ce que l’on connaît des positions des protestants versus les mœurs mondaines des cours pontificales à cette époque

Balzac donne une dimension historique au personnage (avec un faire-valoir Théodore de Bèze), il le dote d’ailleurs d’une force de caractère emblématique d’un grand homme capable de marquer l’Histoire

Du Côté du blâme…

Une caricature ?

Une figure diabolique, les métaphores avec la chaleur, la rougeur

la colère ,des scènes très théâtrales, dramatisation de l’attitude de Calvin

allusion et ref. à autres figures historiques controversées donc condamnation implicite du caractère

un monstre sanguinaire suivant son propre intérêt à l’image des autres princes, il lui importe plus de marquer l’histoire que de s’entendre avec les luthériens…

conclusion partielle

Balzac semble donc nous montrer Calvin non avec les qualités morales habituelles d’un religieux ou d’un pasteur, mais avec celles qui font de lui un homme d’action.

Il est idéologue, mais pas aussi lettré et raffiné ou capable de s’adresser en premier et seulement à la Raison de chaque individu comme Luther le fit par ses multiples écrits.


LE PORTRAIT LITTERAIRE DE CALVIN VERSUS LE PORTRAIT HISTORIQUE
Les points communs avec le portrait historique:

LUTHER VERSUS CALVIN

RADICALISATION

LE GENIE POLITIQUE POUR L’INTRIGUE

RESSEMBLANT à un TARQUIN ou RICHELIEU

LA CAPACITE A SE CONDUIRE COMME UN PRINCE

MACHIAVELISME POLITIQUE

Les différences qui relèvent de la fiction balzacienne:

PRESENTE DANS SON ASPECT BOURGEOIS ET SUISSE

DONC ETRANGER

HOSTILITE AUX ARTS FUSTIGEE PAR BALZAC

BARBARIE POLITIQUE DRAMATISATION

HYPERBOLE DE L’ECHEC OU FIN CIVILISATION

DONC ANTIPATHIQUE

IMPORTANCE ACCORDEE A LA DIFFERENCE

DES CARACTERES ENTRE CALVIN ET THEODORE DE BEZE

BALZAC INSISTE POUR MONTRER COMBIEN CE DERNIER MANQUAIT DE SOUPLESSE


CONCLUSION de l’article

Comme nous avons pu le constater, nous ne pouvons rien reprocher à Balzac sur la fidélité aux événements historiques. Ce roman s’inscrit dans la lignée de Walter Scott et embrasse les enjeux traditionnels du roman historique.

La perspective la plus intéressante à observer dans une œuvre comme Le Martyr Calviniste, c’est celle du projet littéraire et la problématique des contraintes qui pèsent sur la plume du romancier, mais aussi de l’historien dans la France de l’ancien régime.

En quoi peut-on dire que la narration de Balzac est à la hauteur de l’entreprise de témoignage au sujet de cette époque historique ?

Il a décrit parfaitement l’atmosphère mortelle des cours et des intrigues politiques de l’époque, avec l’art de dissimuler sa pensée pour survivre, la torture, la noblesse des condamnés qui manifestent leur liberté spirituelle jusqu’au bout.

Rappelons, que quelles qu’aient réellement été les intentions de Balzac, et l’on voit qu’il est loin de ne pas s’être passionné pour son sujet, la postérité d’une œuvre échappe bien souvent aux intentions de l’auteur.

Par l’importance du sujet et son caractère singulier en littérature française dans un récit, cette œuvre marque les esprits qui la découvre et interroge encore aujourd’hui.

Il y a aussi, il est vrai, la recette du roman balzacien qui sait parfaitement cristalliser dans des types de personnages les passions humaines.

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