Extrait Smart Lectures n°1 ACTE PREMIER, EXPOSITION

« Étendue d’herbe brûlée s’enflant au centre en petit mamelon. Pentes douces à gauche et à droite et côté avant-scène. Derrière, une chute plus abrupte au niveau de la scène. Maximum de simplicité et de symétrie. 

Lumière aveuglante. 

Une toile de fond en trompe-l’œil très pompier représente la fuite et la rencontre au loin d’un ciel sans nuages et d’une plaine dénudée. 

Enterrée jusqu’au-dessus de la taille dans le mamelon, au centre précis de celui-ci, WINNIE. La cinquantaine, de beaux restes, blonde de préférence, grassouillette, bras et

épaules nus, corsage très décolleté, poitrine plantureuse, collier de perles. Elle dort, les bras sur le mamelon, la tête sur les bras. À côté d’elle, à sa gauche, un grand sac noir, genre cabas, et à sa droite une ombrelle à manche rentrant (et rentré) dont on ne voit que la poignée en bec-de-cane. 

À sa droite et derrière elle, allongé par terre, endormi, caché par le mamelon, WILLIE. 

Un temps long. Une sonnerie perçante se déclenche, cinq secondes, s’arrête. Winnie ne bouge pas. Sonnerie plus perçante, trois secondes. Winnie se réveille. La sonnerie s’arrête Elle lève la tête, regarde devant elle. Un temps long. Elle se redresse, pose les mains à plat sur le mamelon, rejette la tête en arrière et fixe le zénith. Un temps long. 

WINNIE. — (Fixant le zénith.) Encore une journée divine. (Un temps. Elle ramène la tête à la verticale, regarde devant elle. Un temps. Elle joint les mains, les lève devant sa poi trine, ferme les yeux. Une prière inaudible remue ses lèvres, cinq secondes. Les lèvres s’immobilisent, les mains restent jointes. Bas.) Jésus-Christ Amen. (Les yeux s’ouvrent, les mains se disjoignent, reprennent leur place sur 

le mamelon. Un temps. Elle joint de nouveau les mains, les lève de nouveau devant sa poi trine. Une arrière-prière inaudible remue de nouveau ses lèvres, trois secondes. Bas.) Siècle des siècles Amen. (Les yeux s’ouvrent, les mains se disjoignent, reprennent leur place sur le mamelon. Un temps.) Commence, Winnie. (Un temps.) Commence ta journée, Winnie. (Un temps. Elle se tourne vers le sac, farfouille dedans sans le déplacer, en sort une brosse à dents, farfouille de nouveau, sort un tube de dentifrice aplati, revient de face, dévisse le capuchon du tube, dépose le capuchon sur le mamelon, exprime non sans mal un peu de pâte sur la brosse, garde le tube dans une main et se brosse les dents de l’autre. Elle se détourne pudiquement, en se renversant en arrière et à sa droite, pour cracher derrière le mamelon. Elle a ainsi Willie sous les yeux. Elle crache, puis se renverse un peu plus.) Hou-ou ! (Un temps. Plus fort.) Hou-ou! (Un temps. Elle a un tendre sourire tout en revenant de face. Elle dépose la brosse.) Pauvre Willie — (elle examine le tube, fin du sourire) — plus pour longtemps – (elle cherche le capuchon) — enfin — (elle ramasse le capuchon) — rien »

Retour article étude de la pièce.

Extrait Smart Lectures n°2 ACTE II Exposition

Scène comme au premier acte. Willie invisible. 

Winnie enterrée jusqu’au cou, sa toque sur la tête, les yeux fermés. La tête, qu’elle ne peut plus tourner, ni lever, ni baisser, reste rigoureu sement immobile et de face pendant toute la durée de l’acte. Seuls les yeux sont mobiles. Voir indications. 

Sac et ombrelle à la même place qu’au début du premier acte. Revolver bien en évidence à droite de la tête. 

Un temps long. Sonnerie perçante. Elle ouvre les yeux aussitôt.

La sonnerie s’arrête. Elle regarde devant elle. Un temps long.

Retour article étude de la pièce.

Extrait Smart Lectures N°3 SCENE FINALE

[…]

Oh je sais , tu n’as jamais été causant, Winnie sois à moi je t’adore et finie fleurette, la parole est aux offres et demandes. (Yeux de face.) Enfin quelle importance, ça aura été quand même un beau jour, après tout, encore un. (Un temps.) Plus pour longtemps, Winnie. (Un temps.) J’entends des cris. (Un temps.) Ça t’arrive, Willie, d’entendre des cris ? (Un temps.) Non? (Yeux à droite sur Willie.) Regarde-moi encore, Willie. (Un temps.) Encore une fois, Willie. (Il lève les yeux vers elle. Heureuse.) Ah! (Un temps. Choquée.) Qu’est-ce que tu as, jamais vu une tête pareille! (Un temps.) Couvre-toi, chéri, c’est le soleil, pas de chi chis, je permets. (Il lâche chapeau et gants et commence à grimper vers elle. Joyeuse.) Oh mais dis donc, c’est fantastique ! (Il s’immobi lise, une main s’agrippant au mamelon, l’autre jetée en avant.) Allons, mon cæur, du nerf, vas-y, je t’applaudirai. (Un temps.) C’est moi que tu vises, Willie, ou c’est autre chose ? (Un temps.) Tu voulais me toucher… le visage… encore une fois ? (Un temps.) C’est un baiser que tu vises, Willie, ou c’est autre chose ? (Un temps.) Il fut une époque où j’aurais pu te donner un coup de main. (Un temps.) Et une autre, avant, où je te donnais un coup de 

main. (Un temps.) Tu avais toujours bougre ment besoin d’un coup de main. (Il lâche prise, dégringole en bas du mamelon.) Brrroum ! (IL se remet à quatre pattes, lève les yeux vers elle.) Essaie encore une fois, Willie, je t’acclamerai. (Un temps.) Ne me regarde pas comme ça. (Un temps. Véhémente.) Ne me regarde pas comme ça! (Un temps. Bas.) As-tu perdu la raison, Willie ? (Un temps. De même.) Tes pauvres vieux restes de raison ? 

Un temps. WILLIE. — (Bas.) Win. 

Un temps. Les yeux de Winnie reviennent de face. Expression heureuse. 

WINNIE. — Win! (Un temps.) Oh le beau jour encore que ça aura été. (Un temps.) Encore un. (Un temps.) Après tout. (Fin de l’expression heureuse.) Jusqu’ici. 

Un temps. Elle s’essaie à chantonner le début de l’air, celui de la boîte à musique, puis chante doucement. 

Heure exquise

Qui nous grise

Lentement, La caresse,

La promesse Du moment, 

L’ineffable étreinte

De nos désirs fous,

Tout dit,

Gardez-moi

Puisque je suis à vous. 

Un temps. Elle ferme les yeux. Sonnerie per ante. Elle ouvre les yeux aussitôt. Elle sourit, reux de face. Yeux à droite sur Willie, toujours i quatre pattes, le visage levé vers elle. Fin du sourire. Ils se regardent. Temps long. 

RIDEAU 

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