THÈME : Faut-il se soumettre au pouvoir politique ?

            La préservation de l’ordre et de la paix sociale légitiment l’exercice du pouvoir politique et le contrat social. Comme Rousseau analyse dans l’oeuvre du même nom les mécanismes de l’Etat et l’adhésion de la conscience individuelle du citoyen à l’exercice du pouvoir, la somme de ces consciences citoyennes adhérant dans une intention de vie en harmonie avec les espoirs minimum de l’humanité (paix, condition d’une vie morale en société, respect dignité humaine, liberté, capacité à subvenir à ses besoins de manière honnête et confort civilisationnel par la mutualisation des savoirs, soit l’héritage humain : intellectuel, moral, spirituel,culturel, techniques) consistant en une société démocratique.

On est sur une définition plus ambitieuse et moderne de l’idéal démocratique et loin de celle étriquée et victime du clientélisme et de la démagogie des orateurs antiques vers laquelle certains de nos politiques semblent vouloir nous niveler.

En effet, il ne s’agit plus seulement de donner le pouvoir au peuple comme dans l’Antiquité, mais bel et bien dès le XVIIIème, chez ce philosophe d’origine Suisse,citoyen et protestant qu’on aurait du mal à ranger chez les philosophes des Lumières, une place prépondérante de l’éthique du pouvoir. Cependant, comme ses contemporains, il s’attache, dans cet idéal à repenser en Europe la démocratie et l’exercice légitime du pouvoir de l’Etat, à comprendre quelle peut être la place de l’individu.

L’individualité et le bonheur de l’individu et sa légitimité à y prétendre sont des concepts qui apparaissent au siècle des Lumières et constituent une des révolutions majeures de la pensée,  depuis le Renaissance.

Cela va donc consister à réfléchir et à vulgariser des idées philosophiques malgré la censure, afin de démystifier le pouvoir pour fonder la Chose Publique sur la liberté intime de l’esprit.

L’obéissance aux lois sort l’homme de la barbarie, quel que soit le type de gouvernement.

Encore faut-il que la loi soit juste, et l’esprit est toujours d’un plus grand bien que la loi elle-même. Montesquieu L’Esprit des Lois

Et pour être un peu léger et ne pas convoquer sur ce chapitre une énième fois les réflexions de grands noms comme Montesquieu,

je citerai

Lewis Caroll : « La question est de savoir qui est le maître c’est tout . »

C’est la réplique pleine de finesse qu’il place dans la bouche de son héroïne Alice, une innocente, brave et candide dans une société de cour cruelle.

L’obéissance n’est donc pas aveugle, il ne s’agit pas d’une soumission faute de mieux, elle ne saurait constituer une vertu républicaine sans avoir au moins cette double légitimation (non de la force, du nombre ou du droit écrit dans tel ou tel état) de la condition minimale de la liberté de la conscience individuelle et de la somme de celles-ci si on prétend au bien commun et la capacité de celle-ci à développer une éthique de la responsabilité citoyenne (vigilance, allant jusqu’au devoir de désobéissance civile) et j’irai même jusqu’à dire que cela ne servirait de rien si rien ne garantit dans le contrat social la possibilité de faire respecter la voix de cette conscience.

En effet, « j’ai obéis » n’est-ce pas l’excuse des coupables, que nous n’avons que trop entendu au XXe siècle, qui a vu les crimes de masse et crimes contre l’humanité. Les résistants, philosophes et romanciers de l’Absurde seront contraints d’avoir à nouveau cette réflexion après la seconde guerre mondiale et d’affiner encore la notion de la citoyenneté. Et même si nous nous récrions à leur suite « plus jamais ça », nous ne recueillons pas encore tous les fruits de leur réflexion et nous ne prenons pas encore individuellement la mesure du changement à opérer.

Le philosophe Alain, rationaliste, républicain, individualiste et démocrate dans son combat pour le suffrage universel offre une redéfinition du statut de citoyen au XXème siècle après les guerres mondiales :

« Résistant et obéissance, voilà les deux vertus du citoyen.

Par l’obéissance, il assure l’ordre ;

par la resistance, il assure la liberté . »

Ainsi, comme le présentaient les philosphes des Lumières, la liberté individuelle devient le fondement moderne de la république. L’exercice de la raison de chaque individu est même devenu indispensable à la prétention de vivre encore dans un état démocratique. Il faut savoir aller contre le pouvoir politique lorsque celui-ci ne sert plus les intérêts de la nation et des individus.

Alain ajoute aussi :

« Les nations étant inévitablement plus bêtes que les individus, toute pensée a le devoir de se sentir en révolte. »

En effet, il faut considérer diachroniquement l’évolution des notions d’Etat, de République, de démocratie et de citoyenneté en philosophie pour comprendre la punch line d’un philosophe comme nécessaire. La philosophie d’idéale ou théorique, prospectant tranquillement la vertu, la sagesse pour trouver le bonheur de l’homme a dû devenir efficace face aux atrocités du siècle.

Il est bien plus difficile d’exercer sa  Raison de nos jours, qu’à l’époque où Platon écrivait la République même si Socrate paya de sa vie l’éveil maïeutique des consciences en son temps, car les distractions, manipulations, divertissements, sollicitations permanentes font obstacle à l’exercice de l’esprit critique par chacun.

Il n’en reste pas moins que l’exercice du pouvoir ne peut se passer de l’approbation des citoyens.

Endormir les masses est par conséquent une modalité à laquelle les nouveaux totalitarismes n’oublient pas de sacrifier du temps et des moyens.

Le meilleur gouvernement est en conclusion celui de la raison et la souveraineté de l’individu reste un principe primordial.

Ce n’est pas de l’opinion commune manipulable et uniformisante, celle de la foule, du nombre qui doit être interprétée comme la raison démocratique.

La douceur de vivre dans un pays ne vient pas de la raison supérieure ou exclusive concéder à l’élite des gouvernants ou de la sagesse de soumission d’un peuple, mais elle naît de l’équilibre complexe du partage des responsabilités dans l’exercice de la raison en vigilance permanente par rapport à la préservation de la justice et des libertés individuelles.

POUR ALLER PLUS LOIN:

PROBLEMATIQUE COMPLEMENTAIRE

Existe-t-il des violences légitimes ?

AUTEURS :

Gandhi

Tolstoï

Harendt

Hegel

Weil

PROBLEMATIQUE COMPLEMENTAIRE

Vivons-nous dans une société disciplinaire ?

AUTEURS :

Victor Hugo

Michel Foucault

Rousseau

George Orwell

Répondre

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.