#philo #état THEME : Faut-il se soumettre au pouvoir politique ?

THÈME : Faut-il se soumettre au pouvoir politique ?

            La préservation de l’ordre et de la paix sociale légitiment l’exercice du pouvoir politique et le contrat social. Comme Rousseau analyse dans l’oeuvre du même nom les mécanismes de l’Etat et l’adhésion de la conscience individuelle du citoyen à l’exercice du pouvoir, la somme de ces consciences citoyennes adhérant dans une intention de vie en harmonie avec les espoirs minimum de l’humanité (paix, condition d’une vie morale en société, respect dignité humaine, liberté, capacité à subvenir à ses besoins de manière honnête et confort civilisationnel par la mutualisation des savoirs, soit l’héritage humain : intellectuel, moral, spirituel,culturel, techniques) consistant en une société démocratique.

On est sur une définition plus ambitieuse et moderne de l’idéal démocratique et loin de celle étriquée et victime du clientélisme et de la démagogie des orateurs antiques vers laquelle certains de nos politiques semblent vouloir nous niveler.

En effet, il ne s’agit plus seulement de donner le pouvoir au peuple comme dans l’Antiquité, mais bel et bien dès le XVIIIème, chez ce philosophe d’origine Suisse,citoyen et protestant qu’on aurait du mal à ranger chez les philosophes des Lumières, une place prépondérante de l’éthique du pouvoir. Cependant, comme ses contemporains, il s’attache, dans cet idéal à repenser en Europe la démocratie et l’exercice légitime du pouvoir de l’Etat, à comprendre quelle peut être la place de l’individu.

L’individualité et le bonheur de l’individu et sa légitimité à y prétendre sont des concepts qui apparaissent au siècle des Lumières et constituent une des révolutions majeures de la pensée,  depuis le Renaissance.

Cela va donc consister à réfléchir et à vulgariser des idées philosophiques malgré la censure, afin de démystifier le pouvoir pour fonder la Chose Publique sur la liberté intime de l’esprit.

L’obéissance aux lois sort l’homme de la barbarie, quel que soit le type de gouvernement.

Encore faut-il que la loi soit juste, et l’esprit est toujours d’un plus grand bien que la loi elle-même. Montesquieu L’Esprit des Lois

Et pour être un peu léger et ne pas convoquer sur ce chapitre une énième fois les réflexions de grands noms comme Montesquieu,

je citerai

Lewis Caroll : « La question est de savoir qui est le maître c’est tout . »

C’est la réplique pleine de finesse qu’il place dans la bouche de son héroïne Alice, une innocente, brave et candide dans une société de cour cruelle.

L’obéissance n’est donc pas aveugle, il ne s’agit pas d’une soumission faute de mieux, elle ne saurait constituer une vertu républicaine sans avoir au moins cette double légitimation (non de la force, du nombre ou du droit écrit dans tel ou tel état) de la condition minimale de la liberté de la conscience individuelle et de la somme de celles-ci si on prétend au bien commun et la capacité de celle-ci à développer une éthique de la responsabilité citoyenne (vigilance, allant jusqu’au devoir de désobéissance civile) et j’irai même jusqu’à dire que cela ne servirait de rien si rien ne garantit dans le contrat social la possibilité de faire respecter la voix de cette conscience.

En effet, « j’ai obéis » n’est-ce pas l’excuse des coupables, que nous n’avons que trop entendu au XXe siècle, qui a vu les crimes de masse et crimes contre l’humanité. Les résistants, philosophes et romanciers de l’Absurde seront contraints d’avoir à nouveau cette réflexion après la seconde guerre mondiale et d’affiner encore la notion de la citoyenneté. Et même si nous nous récrions à leur suite « plus jamais ça », nous ne recueillons pas encore tous les fruits de leur réflexion et nous ne prenons pas encore individuellement la mesure du changement à opérer.

Le philosophe Alain, rationaliste, républicain, individualiste et démocrate dans son combat pour le suffrage universel offre une redéfinition du statut de citoyen au XXème siècle après les guerres mondiales :

« Résistant et obéissance, voilà les deux vertus du citoyen.

Par l’obéissance, il assure l’ordre ;

par la resistance, il assure la liberté . »

Ainsi, comme le présentaient les philosphes des Lumières, la liberté individuelle devient le fondement moderne de la république. L’exercice de la raison de chaque individu est même devenu indispensable à la prétention de vivre encore dans un état démocratique. Il faut savoir aller contre le pouvoir politique lorsque celui-ci ne sert plus les intérêts de la nation et des individus.

Alain ajoute aussi :

« Les nations étant inévitablement plus bêtes que les individus, toute pensée a le devoir de se sentir en révolte. »

En effet, il faut considérer diachroniquement l’évolution des notions d’Etat, de République, de démocratie et de citoyenneté en philosophie pour comprendre la punch line d’un philosophe comme nécessaire. La philosophie d’idéale ou théorique, prospectant tranquillement la vertu, la sagesse pour trouver le bonheur de l’homme a dû devenir efficace face aux atrocités du siècle.

Il est bien plus difficile d’exercer sa  Raison de nos jours, qu’à l’époque où Platon écrivait la République même si Socrate paya de sa vie l’éveil maïeutique des consciences en son temps, car les distractions, manipulations, divertissements, sollicitations permanentes font obstacle à l’exercice de l’esprit critique par chacun.

Il n’en reste pas moins que l’exercice du pouvoir ne peut se passer de l’approbation des citoyens.

Endormir les masses est par conséquent une modalité à laquelle les nouveaux totalitarismes n’oublient pas de sacrifier du temps et des moyens.

Le meilleur gouvernement est en conclusion celui de la raison et la souveraineté de l’individu reste un principe primordial.

Ce n’est pas de l’opinion commune manipulable et uniformisante, celle de la foule, du nombre qui doit être interprétée comme la raison démocratique.

La douceur de vivre dans un pays ne vient pas de la raison supérieure ou exclusive concéder à l’élite des gouvernants ou de la sagesse de soumission d’un peuple, mais elle naît de l’équilibre complexe du partage des responsabilités dans l’exercice de la raison en vigilance permanente par rapport à la préservation de la justice et des libertés individuelles.

POUR ALLER PLUS LOIN:

PROBLEMATIQUE COMPLEMENTAIRE

Existe-t-il des violences légitimes ?

AUTEURS :

Gandhi

Tolstoï

Harendt

Hegel

Weil

PROBLEMATIQUE COMPLEMENTAIRE

Vivons-nous dans une société disciplinaire ?

AUTEURS :

Victor Hugo

Michel Foucault

Rousseau

George Orwell

Perspectives autour des concepts de SCIENCE, CONNAISSANCE et TECHNIQUE #philo

Les problématiques possibles:

Le positivisme n’est-il qu’une apologie de la science ?

Le rationalisme est-il notre seule source de connaissance ?

Le progrès technique est-il un gage de liberté ?

Comment appréhendons nous ce que nous ne connaissons pas ?

Quelle est la meilleure manière de connaître et de maîtriser le monde qui nous entoure ?

Quels rapports peut-on espérer et plébisciter aujourd’hui entre la science et l’éthique au vue de notre héritage intellectuel ?

LA SPIRALE DU PROGRES

Le POSITIVISME : Au XIXème , Auguste Comte définit ce concept scientifique comme ce qui est réel, certain, palpable et imposé par l’expérience.

Ce terme (opposé à « l’imaginaire, chimérique, métaphysique ») n’a donc pas le sens qu’il a aujourd’hui dans le langage courant. S’il le positivisme influença le développement scientifique jusque au début du XXème siècle, il fut ensuite fortement remis en question, notamment avec l’apparition de la psychanalyse et de la notion d’inconscient, inconciliables avec la vision positive trop restrictive de Comte.

Pour Auguste Comte, le positivisme est une science capable d’offrir une nouvelle éthique centrée sur l’humanité, c’est un philosophe idéaliste qui envisage même la sociologie comme la nouvelle « religion de l’humanité », dans l’idée que une éthique universelle de la science mènerait au progrès continu de l’humanité.

« La science mathématique constitue l’instrument le plus puissant que l’esprit humain puisse employer dans la recherche des lois des phénomènes naturels. »

La Loi Des 3 Etats De L’Humanité

Cette science positive est du domaine matériel, le seul que nous puissions connaître.

La science est la norme de la connaissance, car elle nous en fait connâitre les limites et le fondement.

La science ne peut plus être définie à l’issue du premier état comme une révélation divine OU encore comme une contemplation impuissante d’un ordre immuable (de la Physis en grec/Nature).

La société est un corps physique qui peut être étudié comme n’importe quel autre phénomène.

La sociologie doit aussi permettre de répondre à la crise du monde moderne et n’être à la base de la réorganisation sociale.

Dans la mesure où la science est promue au rang de seule discipline normative capable d’ordonner la pensée, la philosophie positive est une apologie de la science.

Le positivisme est une nouvelle manière de considérer et d’étudier le réel.

L’invention d’une nouvelle organisation des connaissances humaines permet de fédérer une société autour de valeurs communes. Nécessité de progrès et de révolution culturelle, ici par la culture scientifique.

L’ordre étant necessaire au progrès, ces philosophes rationnaliste souhaitent reconnaître l’homme réel au lieu d’en former une image absolue.

Le positivisme est une réforme de la pensée Comte propose une nouvelle classification des sciences, attribuant à cinq d’entre elles une valeur déterminante : l’astronomie, la physique, la chimie, la physiologie et enfin la « physique sociale ».

« La science proprement dite est une simple introduction fondamentale à la religion. »

La science est valorisée, car elle entre dans un projet philosophique d’accomplissement de l’homme.

Le savoir n’a aucune valeur s’il n’est pas rapporté à l’homme ,en ce sens on peut parler de fausse science, celle promue par les esprits destructeurs des régimes totalitaires, visant la puissance, la domination criminelle. Après l’expérience du XXème siècle, il est évident que la science ne peut se passer d’une réflexion sur l’éthique.

LA NOTION DE PROGRÈS

Le progrès a permis à l’homme de se dégager des contingences naturelles ; la technique domine la nature, mais également l’homme lui-même.

Il permet accroître sa liberté, ouvrir de nouveaux horizons, améliorer ses conditions d’exitence.

LE MYTHE PROMETHEE (PROTAGORAS dialogue de Platon)

D’Aristote à Spengler, les Philosophes admettent que la technique libère l’homme de la nécessité et le fait sortir de la condition animale.

«  Il faut avouer que les inventeurs des arts mécaniques ont été bien plus utiles aux hommes que les inventeurs de syllogismes. » Voltaire

Mais en suivant sa propre logique, la technique échappe parfois au contrôle de l’homme, négligeant l’éthique, il s’emprisonne dans un rapport au monde déshumanisant.

Le mythe de l’apprenti sorcier, le machinisme, le fordisme et la critique de Charlie Chaplin dans les Temps Modernes satirisent les excès de la course au progrès qui s’est transformée en course au profit.

Le remplacement de l’homme par la machine avec le brusque changement économique en vertu du profit qui ne tient pas compte des besoins humains dans la transition .

L’utilisation des technologies, comme les systèmes informatiques automatisés avec des fonctions annexes qui sont utilisées de manières perverses par un management peu scrupuleux, au lieu de simplement améliorer le rythme de travail et par là même le profit, la pénibilité du travail et la vie du salarié, cela devient un instrument d’esclavage de surveillance bien plus efficace que le fouet d’Egypte.

Notre siècle est plein d’exemples criminels de ce manque de contrôle.

Locke, Rousseau, Kant ont tous les trois averti sur la nécessité d’accompagner le progrès civilisationnel en respectant une éthique et en éduquant moralement, le progrès n’en est pas un à l’échelle de l’humanité, s’il n’est qu’une découverte technique de plus utilisée de façon amorale et inique.

Albert Einstein : « Tout notre progrès technologique, dont on chante les louanges, le cœur même de notre civilisation, est comme une hache dans la main d’un criminel. »

Marx en son temps a mis en garde contre les dangers du machinisme. De plus, il sépare le travail intellectuel du travail manuel et introduit un nouveau clivage en dépossédant l’homme du savoir technique, on en fait un exécutant, quelqu’un de remplaçable et manipulable.

Hannah Arendt critique les « chaînes de production » industrielles dans lesquelles l’homme doit se plier au rythme de la machine.

Quand à l’automatisation ou l’informatique, elles supprime des postes et offre un moyen de gestion et de contrôle de l’humain qui sans garantie éthique devient très pervers socialement et politiquement.

Les philosophes de l’Ecole de Francfort, comme Adorno et Habernas, nous ont mis d’ailleurs en garde contre la technocratie et soulignent que la technique peut-être un autre moyen de domination de l’homme par l’homme.

Georges Friedmann dénonce l’environnement artificiel et inhumain que crée la civilisation technicienne.

Celle-ci dépouille l’homme de ses rythmes naturels. C’est en plus quelque chose qu’avait déjà résolu la sagesse des religions, toutes les lois des religions révélées insistent sur l’importance de préserver les points de repère (fêtes communautaires, mémoire, unité etc …) de repos dans le temps vécu . Sous peine de sombrer dans une société impie, sans valeur, en proie à la la vacuité psychique.

On ne saurait condamner radicalement la technique

Il est indéniable que celle-ci a permis à l’homme de se libérer progressivement de certaines contraintes naturelles.

Cependant, il est non moins vrai que la technique peut se retourner contre l’homme ou être utilisée par certains à des fins de domination.

Ce risque existe d’autant plus que la gestion des sociétés humaines est confiée à des « technocrates » faisant peu de cas de l’homme et de ses aspirations humaines.

Finalement, la question n’est pas de se demander si la technique est bonne ou mauvaise en soi, mais de se demander quelle peut-être pour l’homme la meilleure utilisation que l’on puisse en faire.

RATIONALISME ET RENE DESCARTES

Le Fameux Cogito de Descartes

«  Ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien. »

Le rationalisme ne se contente pas d’analyser les chose par la raison, il défend aussi l’idée que l’homme naît avec des idées innées . Le « Noûs » grec antique proche de l’idéalisme platonicien: en philo, une idée est présente dans notre esprit avant toute expérience ; elle est inhérente à l’esprit humain. Avant de naître au monde sensible, l’esprit contemple le monde des idées pures.

Ces idées seraient si évidentes qu’elles rencontrent la réalité dans le monde.

La raison peut donc aussi s’appliquer au domaine spirituel, à l’abstrait et au métaphysique.

C’est ainsi que Descartes a démontré l’existence de Dieu ; si je suis capable d’avoir l’idée d’un être parfait, ce ne peut être que Dieu.

Descartes refuse les vérités dogmatiques et inaugure le rationalisme moderne.

En affirmant la prédominance du « je pense donc je suis » et donc de l’exercice de la raison et posant l’être comme siège de la pensée , il induit aussi la primauté de l’homme en tant que conscience au sein de la création, dans la perspective d’une philosophie transcendantale.

Le rationnalisme étant fondé sur la raison, nous permet de nous connaître en totalité, notamment parce qu’il corrige les erreurs dues à nos sentiments et à notre imagination.

Le rationalisme, tel qu’il fut défini à partir de l’oeuvre de Descartes, est à l’origine de la philosophie moderne, puisqu’il a posé l’homme et la pensée comme point de départ de toute connaissance, en lieu et place des vérités religieuses et dogmatiques.

Mais, comme l’a écrit Pascal, il faut éviter deux excès : « exclure la raison, n’admettre que la raison ».

Aujourd’hui, il est vrai, on est loin de cette confiance naïve et enthousisate dont témoignaient Platon ou Descartes.

Mais, pour Platon, il s’agissait de fonder la connaissance sur autre chose que le mythe ou la religion.

Et pour Descartes, il s’agissait de donner un fondement à la science autre que la scolastique.

La scolastique est une philosophie et une théologie d’inspiration chrétienne telles qu’elles furent enseignées au Moyen Age par les universités.

Dans un sens négatif, la scolastique est définie comme abstraite et formaliste.

Dans la seconde moitié du XIXème siècle, le rationalisme est une nouvelle fois ébranlé par la découverte de l’inconscient par Freud.

D’autres philosophes comme Nietzsche rejettent aussi l’idée d’une supériorité de la raison sur le corps, les désirs, l’imaginaire.

La philosophie et l’observation des phénomènes scientifiques objectifs s’arrêtent là où s’arrête le conscient. Les vérités abstraites au cœur des questions existentielles inhérentes à notre condition humaine ne sont pas appréhendables par ce type de méthode.

#LETTRES #PHILO #BAC Quelle vision l’existentialisme donne-t-il de la condition humaine ?

Le Désespoir :

Apparu après la deuxième guerre mondiale, ce mouvement intellectuel permet à Jean-Paul Sartre d’exposer sa vision assez pessimiste du monde et de la barbarie du XXème.

Il partage cette philosophie avec sa femme,Simone de Beauvoir, et son ami Albert Camus ainsi que Maurice Merleau Ponty.

L’existentialisme est par définition athée, il constate l’absurde de la condition humaine, par la nie tout principe supérieur capable d’ordonner le monde et en déduit ainsi l’absence de morale qui a conduit aux crimes contre l’humanité. Mais en niant les vérités éternelles et universelles, le sens de la vie humaine échappe, l’homme est livré à lui même et au désespoir, car les fondements de la morale son ruinés. Cela aboutit au nihilisme (en latin nihil=RIEN).Un siècle plus tôt, un autre philosophe démarre ce mouvement par ce constat :

« Nihilisme est l’homme qui juge que le monde tel qu’il est ne devrait pas être, et que le monde tel qu’il devrait être n’existe pas. De ce fait,l’existence (agir, souffrir, vouloirs, sentir) n’a aucun sens:de ce fait le pathos du en vain est le pathos nihiliste et une inconséquence du nihiliste. » Friedrich Nietzsche (voir aussi doctrine de Schopenhauer fin XVIIIe qui l’a influencé).

« L’homme sans aucun appui et sans aucun secours est condamné chaque instant à inventer l’homme. » Sartre

Il n’y a pas de principe divin, pas de « nature humaine », pas de destin, pas de bien ou de beau en soi. Rien pour redonner, dans ces circonstances historiques, sa dignité et un sens supérieur à l’existence humaine.

L’homme moderne est ainsi confronté au néant, il ressent l’angoisse existentielle.

Cette doctrine montre la misère de l’humaine condition et lui refuse toute forme de consolation que ce soit par les idéaux ou la religion.

Tout est permis

Les atrocités des génocides au XXème siècle semble relevé d’une dénaturation de l’être humaine et chaque intellectuel analyse son temps en proposant sa vision du monde. Le monde a basculé dans ce qu’ Hanna Arendt, sans être existentialiste, nomme le « tout est permis, tout est possible » du totalitarisme. L’amoralité n’est pas une propagande de philosophes, elle est celle des régimes fascistes et nazis. Les intellectuels contemporains des guerres civiles et mondiales se contentes de constater que ni la transcendance,la morale des religions révélées, ni l’immanence,le respect de la dignité de l’être naît de l’appartenance de tout un chacun à l’humanité, n’ont été des freins suffisants pour éviter le pire. On peut objecter qu’il a bien fallu que certains garde ces principes avec rage et courage pour entre en résistance et qu’ils ont vaincu. Mais on se place du point de vue d’intellectuels devenus impuissants alors qu’ils étaient en Europe le fleuron de la culture, de la civilisation. Comment dès lors ne pas être un imposteur ?

Ce qui se passe c’est que les états totalitaristes du XXe siècle ont plongé les masses dans l’abrutissement et l’absence de distinction entre le bien et le mal.

La distinction entre le bien et le mal disparaît et toutes les actions se valent.

Tous coupables, donc tous innocents. Malédiction de l’absence de justice possible, avec de l’oppression de la force et du nombre dans les états violents manipulant les foules.

Au siècle précédent des écrivains russes, dans le contexte de la répression des révoltes paysannes à cause des famines, ont aussi constaté le malheur de la perte des valeurs dans leur société où le crime fratricide de la guerre civile est devenu légitime et même glorifié ou en tout cas impuni-ssable :

Fiodor Dostoievski

(1821-1881)

a lui aussi constaté en son temps ce

« tout est permis » qui conduit à l’anarchie

Tolstoï ,

qui inspira Gandhi avec la réflexion sur les violences

d’état dans Le Royaume de Dieu est en vous,

dénonce aussi l’obéissance aveugle à l’Etat et à l’Eglise qui justifient le crime qu’ils font commettre aux jeunes paysans contre leurs semblables.

Tous les intellectuels ne rejettent pas la foi mais leur jugement reste sans appel quand à l’existence humaine dans les excès contemporains :

« Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas. » André Malraux 1901-1976 in La Légende du Siècle 1972.

La Solitude

Comment ne pas être un imposteur quand on est un homme d’esprit, alors que toutes les lumières de l’esprit semblent s’être éteintes ?

Avouer le sentiment d’angoisse existentielle, la vérité première pour Sartre sur l’existence humaine c’est ce sentiment universel de solitude et d’isolement. L’homme se sent étranger au monde et incapable d’atteindre les autres (voir le roman de Camus L’Etranger). L’homme est fondamentalement seul face à son destin, ses choix. Ce n’est pas en trouvant sa place, une fonction, une relation au sein de la communauté qu’il se définit, qu’il trouve des repères suffisant ou un remède à cette angoisse. Il est comme le Sisyphe 1944 d’Albert Camus condamné à toujours faire l’effort d’être le seul responsable de ses actes quand bien même la tâche ou les circonstances dépassent, comme le rocher de ce personnage mythologique, ses capacités individuelles. La position éthique est rendue si difficile que le personnage apparaît tour à tour comme pathétique, héroïque et suicidaire quelle que soit l’issue.

Une petite transition dans le cours de notre réflexion sur l’existentialisme

Il apparaît dons que l’existentialisme sartrien donne une vision plutôt pessimiste de la condition humaine, car il participe d’un constat amer de l’abomination du crime contre l’humanité et du jugement qui en découle sur la misère de l’humanité sans Dieu.

La foi, la morale, les grands idéaux sont restés impuissants face à la barbarie, il faut inventer une autre manière de se positionner intellectuellement pour échapper à la folie et au désespoir.(voir la biographie de Stefan Zweig et Primo Levi).

Comment échapper aux dérives de l’amoralité nihiliste et au déterminisme selon lequel toutes les actions humaines sont liées à des causes ou facteurs extérieurs, parfois antérieurs à l’existence d’un individu ? Comment la pensée peut elle encore libérer l’homme et retrouver du sens ?

AFFIRMATION D’UNE LIBERTÉ RADICALE

Pourquoi continuer à écrire si l’existence est dénuée de sens ?

Vous avez certainement tous déjà entendu la maxime de Sartre « l’existence précède l’essence », alors approfondissons un peu cette réflexion avec lui :

« Cela signifie que l’homme existe d’abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu’il se définit après.

 L’homme, tel que le conçoit l’existentialiste,s’il n’est pas définissable, c’est qu’il n’est d’abord rien. Il ne sera qu’ensuite, et il sera tel qu’il se sera fait.

Ainsi, il n’y a pas de nature humaine, puisqu’il n’y a pas de Dieu pour la concevoir.

L’homme est seulement, non seulement tel qu’il se conçoit, mais tel qu’il se veut. » in L’Existentialisme est un humanisme, coll. Folio essais, p.29 ,1946

Jean-Paul Sartre

Le versant positif de cette vision radicale de la condition humaine, c’est que l’homme est absolument libre. Son existence ne dépendant ni de Dieu, ni des principes supérieurs.

Il doit décidé et conféré par ses actes un sens à son existence.

L’existentialisme ne reconnaît aucun déterminisme, aucune fatalité capable d’entraver la liberté de l’homme. Il doit poser des choix et y conformer ses actes en toute conscience. Cela peut nous conduire à nous interroger sur les exigences intellectuelles de cette « conscience » qui a tant fait défaut. C’est une éthique individuelle, une discipline qui consiste à faire ce que les philosophes ont toujours fait du reste, s’interroger, interroger son époque (ils vulgarisent cette discipline quotidienne par la pratique de l’écriture en tant que romanciers) et faire de choix assumés en posant des actes publics en accord avec leurs convictions.

En ce sens, l’existentialisme est une philosophie de la liberté.

L’ENGAGEMENT COMME MORALE

Il n’y a rien pour nous déterminer avant d’avoir l’expérience matérielle du monde, donc comment suivre d’emblée les principes d’une morale judéo-chrétienne ou autre…laïcisée ou non d’ailleurs.

Mais cela ne veut pas dire que tout soit permis. L’excuse ne peut plus être d’avoir obéi à une pression de groupe, tout se passe dans l’effort que fait la pensée individuelle pour déterminer si la situation concrète dans laquelle l’individu se trouve est conforme à la dignité humaine. L’existentialisme est bien un humanisme comme beaucoup de courants de pensée précédents, car il rend à l’homme moderne sa dignité par l’engagement de sa responsabilité individuelle :

«Il est impossible que l’homme soit mis contre sa volonté dans une situation contraire à sa conscience . » Léon Tolstoï, d’abord influencé par le nihilisme, puis par la doctrine chrétienne.

En tout état de cause, l’homme doit lutter, résister contre tout ce qui tend à nier sa liberté et celle des autres. Cela conduit non à une morale de principes, normative et héritée d’une tradition ou d’une sagesse immémoriale innée ou acquise, mais à une morale de l’action et de l’engagement en société, une éthique d’interrogation et de vigilance sur le fait politique, car la conscience collective n’existe pas, les choses ne vont pas aller bien d’elles-mêmes si l’individu ne s’investit pas et fait confiance aveuglément aux autres, à l’institution. La responsabilité étant par définition individuelle et en plus ponctuelle. Il devient alors pour eux d’autant plus important de vulgariser ces idées, que l’intellectuel ne peut plus être une conscience isolée dans le temps.

LA COMPAGNIE: une nécessité !

L’existence humaine se définit également par le rapport aux autres. L’existentialisme est parfois mal compris comme une individualisme de dandy, peut-être à cause de sa popularité auprès des adolescents avec le fameux titre « L’enfer,c’est les autres » de la pièce Huis Clos de Sartre en 1944 .

Non seulement, il n’y a pas d’engagement sans action, mais il n’y a pas d’acte ou de discours qui pose l’existence de ma moralité sans qu’autrui constitue un obstacle ou un médiateur indispensable entre moi et moi-même. L’homme vit au milieu des autres et doit se définir par rapport à eux. En même temps par tradition philosophique, il serait étonnant que l’on ne fasse pas place au dialogue philosophique avec l’autre comme témoin, rencontre ou obstacle à sa pensée ou son engagement afin d’agir sur le monde et ne pas sombrer dans l’impuissance ou le désespoir de la solitude existentielle. Camus sur la nécessite de trouver l’autre : « l’absurde naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde ».

L’homme conscient et responsable, qui s’engage dans son temps et fait preuve d’une discipline constante dans cette éthique modernisée, est alors libre de créer lui-même ses valeurs et sa vie.

CONCLUONS 

Ainsi, Sartre et les partisans de l’existentialisme ne propose pas une pessimiste ou optimiste de la condition humaine, mais il semblerait bien plutôt qu’ils offrent à l’homme de quoi s’affranchir par une discipline de la conscience raisonnée responsable de son temps et une éthique de l’engagement. Le courant de l’Absurde offre, chez les romanciers, une philosophie de la résistance. Politiquement, les réflexions accoucheront de révolutions non-violentes et de mouvements de désobéissance civile.

Leurs idées ont parfois pâti de leur succès, entre vulgarisation et provocation, et l’on a eu tôt fait de résumer leur pensée alors qu’elle est un parcours intellectuel de plusieurs siècles face aux atrocités de l’histoire. L’homme moderne n’est plus protégé, ni soumis à des normes extérieures à sa propre expérience de l’existence et il est le seul à pouvoir donner un sens à la vie. La liberté de l’homme est primordiale, d’elle découle de la morale en société par les choix conscients à chaque instant.

Samuel Beckett, Oh les beaux jours, Happy Days (1961)

Happy Days(1961)

Oh les beaux jours !

(1963) pour la version française traduite par l’auteur

Samuel Beckett 1906-1989

PRIX NOBEL EN 69 POUR ?

L’ENSEMBLE DE SON OEUVRE…Un humanisme moderne


Madeleine Renaud, Samuel Beckett et  Roger Blin pendant les répétitions de
Oh les beaux jours
1963. Photo Roger Pic, © Adagp, Paris, 2019.

sa BIO

Samuel Beckett est un écrivain d’origine irlandaise qui entretient une relation toute privilégié avec Paris et la langue française. Après une première visite de Paris pour ses 14 ans, Beckett a la chance de revenir en tant qu’étudiant et en qualité de lecteur d’anglais à l’Ecole normale.

Il sera caché par et avec Nathalie Sarraute durant la guerre, il entre alors en Resistance et commence à écrire directement en français à partir de 1945.

Son bilinguisme ,comme celui de Wilde, lui permet de traduire lui-même ses œuvres d’une langue à l’autre et lui confère un style sobre, moderne et décomplexé en français qui sert le propos du mouvement du théâtre de l’absurde. S’il faut mettre une étiquette sur l’ensemble de son oeurve romanesque, dramaturgique et poétique qui lui value un prix Nobel en 1969.

C’est un écrivains du Bac cette année et un écrivain majeur de la littérature cosmopolite du XXème siècle.

Le Sujet de cette pièce

Voici le résumé de Ludovic Janvier, Beckett par lui-même, aux éditions Le Seuil, 1969 :

Deux journées sous le soleil, au cours desquelles, enfouie dans la terre jusqu’au torse puis jusqu’au cou, Winnie dure. Avalée par le sol, elle se dit légère. Appuyant de temps à autre son discours sur les restes de son Willie qui achève de remuer et peut-être de vivre, elle bavarde à petits coups, prie, raconte, chantonne et se souvient, recense ses derniers maux et ses derniers biens avec la souriante sérénité de celle qu’une grâce singulière a visitée : ce qui nous paraît enfer lui est tout venant, un mot de Willie est une joie, un jour sans mourir est un beau jour. Mesurée, indulgente, elle règne sur son malheur. 


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SMART LECTURES: Extraits Le Martyr Calviniste de Balzac

Extraits du roman de La Comédie humaine de Balzac, Le Martyr Calviniste , Cercle du Bibliophile, tome XV, d’après l’édition illustrée de 1852

Scène du massacre des princes protestants durant Le Tumulte d’Ambroise

« En déployant une cruauté inouïe, les princes lorrains pouvaient craindre les vengeances, et jamais ils ne prirent plus de précautions que pendant le séjour de la cour à Amboise en sorte que ni la corruption la plus puissante, celle de l’or,ni les démarches les plus actives ne donnèrent au syndicat des pelletiers des lumières sur le sort de son fils. Il allait par cette petite ville d’un air morne, examinant les immenses préparatifs que faisait faire le cardinal le terrible spectacle auquel devait assister le prince Condé. On stimulait alors la curiosité publique de Paris à Nantes, par les moyens en usage à cette époque. L’exécution avait été annoncée en chaire par tous les prédicateurs et par les curés, en même temps que la victoire du roi sur les hérétiques. Trois tribunes élégantes, parmi lesquelles celle du milieu paraissait devoir être plus somptueuse que les autres, furent adossées à la plate-forme du Château d’Amboise, au pied de laquelle devait avoir lieu l’exécution.

[…]

la veille du jour où cet horrible spectacle devait avoir lieu.

[…]

Le pauvre père avait, comme bien on pense, une des meilleures places pour embrasser théâtre où devaient périr tant de gentilshommes, et au milieu duquel il vit dresser un vaste échafaud couvert de drap noir .On y apporta, le matin du jour fatal, le chouquet, nom du billot où le condamné devait poser sa tête

[…]

Un grand bel homme monta d’un pied sûr à l’échafaud, salua le peuple et la cour, et dit : « L’arrêt en a menti, je me suis armé pour délivrer le roi de ses ennemis, les Lorrains ! » Il plaça sa tête sur le billot, et elle tomba.

Les réformés chantèrent :

Dieu, tu nous a mis à l’épreuve ;Et tu nous as examinés; Comme l’argent que l’on éprouve, Par feu tu nous as affinés. 

Robert-Jean-René Briquemaut, comte de Villemongis coupable du crime de lèze-majesté et d’attentat contre la personne du roi, cria le greffier. 

[…]

–Avouez, monsieur le nonce, dit le prince de Condé, que si les gentilshommes français savent conspirer, ils savent aussi mourir. 

– Ce spectacle me fait mal, dit le jeune roi qui pâlis sait à la vue du sang répandu. 

– Bah! des rebelles ?… dit Catherine de Médicis. 

On entendait toujours des chants, et la hache allait toujours.

Enfin, se spectacle sublime de gens qui mouraient en chantant, et surtout l’impression que produisit sur la foule la diminution progressive des chants, fit passer par-dessus la crainte que les Lorrains inspiraient. 

_ Grâce ! cria le peuple tout d’une voix quand il n’entendit plus que les faibles accents d’un seigneur, le plus considérable de tous, réservé pour le dernier coup. […]
crime que de s’être opposé à la tyrannie et à l’usurpation projetée des Guise ! 

L’exécuteur lassé, qui vit du mouvement dans la tribune, arrangea sa hache. 

_ Monsieur le baron, dit-il, je ne voudrais pas vous faire souffrir, et un moment de plus peut vous sauver 

Tout le peuple cria de nouveau : « Grâce ! » 

– Allons ! dit le roi, grâce à ce pauvre Castelnau qui a sauvé le duc d’Orléans. 

Le cardinal se méprit avec intention sur le mot : allons.

Il fit un signe à l’exécuteur, en sorte que la tête de Castelnau tomba quand le roi lui faisait grâce. 

– Celui-là, cardinal, est sur votre compte, dit Catherine 

Le lendemain de cette affreuse exécution, le prince de Condé partit pour la Navarre. 

Cette affaire produisit une grande sensation en France et dans toutes les cours étrangères; mais les torrents de sang noble qui furent alors versés causèrent une si grande douleur au chancelier Olivier,

[…]

la cour quittât Amboise, car il n’avait pu trouver l’occasion de parler ni à la reine Marie, ni à la reine Catherine, et il espérait se placer sur le passage de la cour au moment où elle voyagerait le long de la levée pour retourner à Blois. Le syndic se déguisa en pauvre, au risque de se faire prendre pour un espion, et à la faveur de ce déguisement, il put se mêler aux malheureux qui bordaient la route. Après le départ du prince de Condé, le duc et le cardinal crurent avoir imposé silence aux réformés et laissèrent la reine mère un peu plus libre.

[…]

Lecamus fut obligé de retourner à Paris avec cette triste parole et le secret de la convocation des Etats généraux que la reine venait de lui confier.

Depuis quelques jours, le cardinal de Lorraine avait obtenu des révélations sur la culpabilité de la cour de Navarre. A Lyon, à Mouvans en Dauphiné, des réformés commandés par le prince le plus entreprenant de la maison de Bourbon, avaient essayé de soulever les populations. Cette audace, après les sanglantes exécutions 
d’Amboise, étonna les princes lorrains, qui, pour en finir sans doute avec l’hérésie par des moyens dont le secret fut gardé par eux, proposèrent de convoquer les Eta généraux à Orléans.

[…]

Après deux mois passés dans la prison de Blois, un matin Christophe fut apporté sur une civière, couché un lit, dans une toue, et remonta vers Orléans où le poussait un vent d’ouest. Il y arriva le soir et fut conduit dans la célèbre tour Saint-Agnan. Christophe, qui ne savait que penser de sa translation, eut tout le temps de réfléchir à sa conduite et à son avenir. II resta là deux à un mois sur son grabat sans pouvoir remuer les jambes. Ses os étaient brisés.

[…]

il devait être ou pendu relâché; il ignorait entièrement les événements d’Amboise 

[…]

– Il a les genoux et les chevilles un tantinet broyés; mais il a conquis une royale protection qui s’étendra sur toute sa vie, fit vivement le Florentin en voyant l’effroi du père. Votre petit Christophe a rendu service à notre grande reine Catherine. Si nous tirons votre fils des griffes du Lorrain, vous le verrez quelque jour conseiller au parlement. On se ferait casser trois fois les os pour être dans les bonnes grâces de cette chère souveraine, un bien beau génie, qui triomphera de tous les obstacles ! »

Retour sur l’article étude romanesque Balzac La Comédie Humaine, Le Martyr Calviniste.

Le Portrait de Catherine de Médicis

« Les Guise, oncles de reine, avaient des raisons majeures pour ne pas habiter Paris et pour retenir la cour dans un château dont l’enceinte pouvait être facilement surveillée et défendue. Il se passait autour du trône un combat entre la maison de Lorraine et la maison de Valois, qui ne fut terminé que dans ce même château, vingt-huit ans plus tant en 1588, quand Henri III, sous les yeux mêmes de sa mère, en ce moment profondément humiliée par les Lorrains, entendit tomber le plus hardi de tous les Guise le second Balafré, fils de ce premier Balafré par lequel Catherine de Médicis était alors jouée, emprisonnée espionnée et menacée. 

Ce beau château de Blois était pour Catherine la prison la plus étroite. A la mort de son mari, par lequel elle avait toujours été tenue en lisière, elle avait espéré régner, mais elle se voyait au contraire mise en esclavage par des étrangers dont les manières polies avaient mille fois plus de brutalité que celles des geôliers. Aucune de ses démarches ne pouvait être secrète. Celles de ses femmes qui lui étaient dévouées avaient ou des amants dévoués aux Guise ou des Argus autour d’elles. En effet, dans ce temps, les passions offraient la bizarrerie que leur communiquera toujours l’antagonisme puissant de deux intérêts contraires dans l’Etat. La galanterie, qui servit tant à Catherine, était aussi l’un des moyens des Guise. »

Le portrait de Christophe:

« Après avoir dresse lit à la hâte, ces deux hommes préparaient des machines appelées brodequins, consistant en plusieurs planches entre lesquelles on plaçait chacune des jambes du patient qui s’y trouvait prise dans de petits matelas. Chaque jambe ainsi arrangée était rapprochée l’une de l’autre. L’appareil employé par les relieurs pour serrer leurs volumes entre deux planches qu’ils maintiennent avec cordes, peut donner une idée très exacte de la manières dont chaque jambe du patient était disposée. Chacun imaginera dès lors l’effet que produisait un coin chassé à coups de maillet entre les deux appareils où la jambe était comprimée, et qui, serrés eux-mêmes par des câbles, ne cédaient point. On enfonçait les coins à la hauteur des genoux et aux chevilles, comme s’il s’agissait de fendre un morceau de bois. Le choix de ces deux endroits dénués de chair, et où par conséquent le coin se faisait place aux dépens des os, rendait cette question horriblement douloureuse. Dans la question ordinaire, on chassait quatre coins, deux aux chevilles et deux aux genoux, mais dans la question extraordinaire, on allait jusqu’à huit, pourvu que les médecins jugeassent que la sensibilité du prévenu n’était pas épuisée. A cette époque, brodequins s’appliquaient également aux mains; mai pressés par le temps, le cardinal, le lieutenant général du royaume et le chancelier en dispensèrent Christophe. Le procès-verbal était ouvert le grand-prévôt en avait dicté quelques phrases en se promenant d’un air méditatif et en faisant dire à Christophe ses noms, ses prénoms, son âge, sa profession; puis il lui demanda de quelle personne il tenait les papiers qu’il avait remis à la reine. » […]

Pendant que le médecin exhortait le malheureux à ne pas laisser recourir aux moyens extraordinaires, le cardinal et le duc, impatients de connaître le résultat de cet interrogatoire, se montrèrent, et demandèrent à Christophe de dire incontinent la vérité. Le fils du pelletier répéta les seuls aveux qu’il se permettait de faire, et qui ne chargeaient que Chaudieu. Les deux princes firent un signe. A ce signe, le bourreau et son premier aide saisirent leurs maillets, prirent chacun un coin et l’enfoncèrent, l’un se tenant à droite, l’autre à gauche, entre les deux appareils. Le bourreau était à la hauteur des genoux, l’aide vis-à-vis des pieds, aux chevilles. Les yeux des témoins de cette scène horrible s’attachèrent à ceux de Christophe, qui, sans doute excité par la présence de ces grands personnages, leur lança des regards si animés, qu’ils prirent l’éclat d’une flamme. Aux deux autres coins, il laissa échapper un gémissement horrible. Quand il vit prendre les coins de la question extraordinaire, il se tut; mais son regard contracta une fixité si violente, et jetait aux deux seigneurs qui le contemplaient un fluide si pénétrant, que le duc et le cardinal furent obligés de baisser les yeux. La même défaite fut essuyée par Philippe le Bel quand il fit donner la question du balancier en sa présence aux Templiers. Ce supplice consistait à soumettre la poitrine du patient au coup d’une des branches du balancier avec lequel on frappait la monnaie, et que l’on garnissait d’un tampon de cuir. Il y eut un chevalier de qui le regard s’attacha si violemment au roi, que le roi, fasciné, ne put détacher sa vue de celle du patient. Au troisième coup de barre, le roi sortit, après avoir entendu sa citation dans l’année au tribunal de Dieu, devant lequel il comparut. Au cinquième coin, le premier de la question extraordinaire, Christophe dit au cardinal : « Monseigneur, abrégez mon supplice, il est inutile ! »

« Le cardinal et le duc rentrèrent dans la salle, et Christophe entendit alors ces paroles prononcées par la reine Catherine : « Allez toujours, car après tout ce n’est qu’un hérétique ! » 

Elle jugea prudent de paraître plus sévère que les bourreaux envers son complice. 

On enfonça le sixième et le septième coins sans que Christophe se plaignit : son visage brillait d’une splendeur extraordinaire, due sans doute à l’excès de force que lui prêtait le fanatisme excité. Où chercher ailleurs que dans le sentiment le point d’appui nécessaire pour résister à de pareilles souffrances ? Enfin Christophe mit à sourire au moment où le bourreau prit le huitième coin. Cette horrible torture durait depuis une heure. 

Le greffier alla chercher le médecin, afin de savoir l’on pouvait enfoncer le huitième coin sans mettre la vie du patient en danger. Pendant ce temps, le duc revint voir Christophe. 

– Ventre-de-biche ! tu es un fier compagnon, lui a en sé penchant à son oreille. J’aime les gens courageux. Entre à mon service, tu seras heureux et riche, mes faveurs panseront tes membres meurtris; je ne te proposerai de lâcheté, comme de rentrer dans ton parti pour nous en dire les projets : il y a toujours des traîtres, et preuve en est dans les prisons de Blois; mais dis-moi seulement en quels termes en sont la reine mère et prince de Condé. 

– Je n’en sais rien, monseigneur, cria Lecamus. 

Le médecin vint, examina la victime, et dit qu’elle pouvait encore supporter le huitième coin. 

– Enfoncez-le, dit le cardinal. Après tout, comme l’a dit la reine, ce n’est qu’un hérétique, ajouta-t-il en regardant Christophe et lui jetant un affreux sourire. 

Catherine sortit à pas lents de la salle voisine, se plaça devant Christophe et le contempla froidement. Elle fut alors l’objet de l’attention des deux frères, qui examinèrent alternativement Catherine et son complice. De cette épreuve solennelle dépendait pour cette femme d’ambition tout son avenir: elle éprouvait une vive admiration pour le courage de Christophe, elle le regardait sévèrement; elle haïssait les Guise, elle leur souriait. »

Le portrait balzacien de Calvin: p.220

PORTRAIT DE CALVIN CHEZ BALZAC

Le roi de Navarre, incapable de comprendre les raisons de Catherine, dépêcha donc vers Calvin Chaudieu, qui s’était dévoué secrètement à observer les événements d’Orléans, où, d’heure en heure, il pouvait être découvert et pendu sans procès, comme tout homme qui se trouvait sous le coup d’un arrêt de bannissement. A la façon dont se faisaient alors les voyages, Chaudieu ne devait pas arriver à Genève avant le mois de février, les négociations ne devaient être terminées que pour le mois de mars, et l’assemblée ne put en effet avoir lieu que vers le commencement de mai 1561.

[…]

N’est-ce pas un des spectacles les plus étranges que celui de tout un royaume en suspens pour le oui ou le non d’un bourgeois français, longtemps obscur et alors établi à Genève ? Le pape transalpin tenu en échec par le pape de Genève !

[…]

Calvin, qui ne se nommait pas Calvin, mais Cauvin, était le fils d’un tonnelier de Noyon en Picardie. Le pays de Calvin explique jusqu’à un certain point l’entêtement mêlé de vivacité bizarre qui distingua cet arbitre des destinées de France au seizième siècle.

[…]

. L’inventaire fait au logis de Calvin, après sa mort, et qui, compris ses livres, s’élève à cinquante écus, a été conservé par l’Histoire. Celui de Luther a offert la même somme; enfin, sa veuve, la fameuse Catherine de Bora, fut obligée de solliciter une pension de cent écus qui lui fut accordée par un électeur d’Allemagne. Potemkin, Mazarin, Richelieu, ces hommes de pensée et d’action qui tous trois ont fait ou préparé des empires, ont laissé chacun trois cents millions.

[…]

Cette explication très succincte était nécessaire pour expliquer la position de Calvin à Genève. 

Dans les premiers jours du mois de février de l’année 1561, par une de ces douces soirées qui se rencontrent dans cette saison sur le lac Léman, deux cavaliers arrivèrent au Pré-l’Evêque, ainsi nommé à cause de l’ancienne maison de campagne de l’évêque de Genève, chassé depuis trente ans.

mais ils arrêtèrent brusquement leurs chevaux à l’aspect d’un homme d’une cinquantaine d’années qui se promenait appuyé sur le bras d’une servante, et qui rentrait évidemment en ville; cet homme, assez gras, marchait avec lenteur et difficulté, ne posant un pied qu’après l’autre et non sans douleur, car il portait des souliers ronds en velours noir et lacés. 

[…]

Ce promeneur, qui était en effet Jean Calvin, se recula pour éviter l’embrassade, et jeta le coup d’œil le plus sévère à son disciple. A cinquante ans, Calvin paraissait en avoir soixante-dix. Gros et gras, il semblait d’autant plus petit, que d’horribles douleurs de gravelle l’obligeaient à marcher courbé. 

Ces douleurs se compliquaient avce les atteintes d’une goutte du plus mauvais caractère.

Tout le monde eut tremblé devant cette figure presque aussi large que longue et sur laquelle malgré sa rondeur il n’y avait pas plus de bonhomie que dans celle du terrible Henri VIII à qui Calvin ressemblait beaucoup ;les souffrances, qui ne lui donnèrent jamais de relâche, se trahissaient dans deux rides profondes qui partaient de chaque côté du nez en suivant le mouvement des moustaches et se confondait comme elles avec une ample barbe grise. Cette figure quoique rouge et enflammée comme celle d’un buveur, offrait par place des marques où le teint était jaune;mais malgré le bonnet de velours noir qui couvrait cette énorme tête carrée, on pouvait admirer un front vaste et de la plus belle forme,

sous lequel brillaient deux yeux bruns, qui dans des accès de colère devaient lancer des flammes. Soit par l’effet de son obésité, soit à cause de son gros col court, soit à cause de ses veilles ses veilles et de ses travaux continuels, la tête de Calvin rentrait dans ses larges épaules, ce qui l’obligeait à ne porter qu’une fraise courte à tuyaux,

sur laquelle sa figure semblait être comme celle de Saint Jean-Baptiste dans un plat. Entre ses moustaches et sa barbe on voyait comme une rose sa jolie bouche éloquente petite et fraîche dessinée avec une admirable perfection. Ce visage était partagé par un nez carré remarquable, par un flexuosité qui régnait dans toute la longueur, et qui produisait sur le bout des méplats significatifs, en harmonie avec la force prodigieuse exprimée dans cette tête impériale. Quoiqu’il fût difficile de reconnaître dans ces traits les races des migraines hebdomadaires qui saisissaient Calvin pendant les intervalles d’une fièvre lente par laquelle il fut dévoré, la souffrance incessamment combattu par l’étude et par le vouloir, donnait à ce masque en apparence fleuri quelque chose de terrible, assez explicable par la couleur de la couche de graisse due aux habitudes sédentaires du travailleur et qui portait les traces du combat perpétuel de ce tempérament valétudinaire avec l’une des plus forte volontés connues dans l’histoire de l’esprit humain.

Quoique charmante, la bouche avait une expression de cruauté. La chasteté commandée par de vastes desseins, exigée tant de maladives dispositions, était écrite sur ce visage. Il y avait des regrets dans la sérénité de ce front puissant et de la douleur dans le regard de ces yeux dont le calme effrayait. 

Le costume de Calvin faisait bien ressortir sa tête il portait la fameuse soutane en drap noir, serrée une ceinture de drap noir à boucle de cuivre, qui de le costume des ministres calvinistes[,,,]

– Je souffre trop, Théodore, pour vous embrasse dit alors Calvin à l’élégant cavalier. 

Théodore de Bèze, alors âgé de quarante-deux ans,reçu bourgeois de Genève depuis deux ans à la demande de Calvin, formait le contraste le plus violent avec le terrible pasteur dont il avait fait son souverain. Calvin comme tous les bourgeois qui s’élèvent à une souveraineté morale, ou comme tous les inventeurs de système sociaux, était dévoré de jalousie. Il abhorrait ses disciples, il ne voulait pas d’égaux, et ne souffrait pas la moindre contradiction. Cependant il y avait entre Théodore Bèze et lui tant de différence; cet élégant cavalier dotée d’une figure agréable, plein de politesse, habitué à frequenter les cours, il le trouvait si dissemblable de tous ses farouches janissaires, qu’il se départait avec lui de ses sentiments habituels; il ne l’aima jamais, car cet âpre législateur ignora totalement l’amitié; mais ne craignant pas de trouver en lui son successeur, il aimait à jouer avec Théodore comme Richelieu joua plus tard avec son chat; il le trouvait souple et léger. En voyant de Beze réussir admirablement dans toutes ses missions, il aimait cet instrument poli dont il se croyait l’âme et le conducteur; tant il est vrai que les hommes les plus farouches ne peuvent se dispenser d’un semblant d’affection, Théo dore fut l’enfant gâté de Calvin, le sévère réformateur ne le grondait pas, il lui passait ses dérèglements, ses amours, ses beaux costumes et son élégance de langage. Peut-être Calvin était-il content de montrer que la Réforme pouvait lutter de grâce avec les gens de cour. Théodore de Bèze voulait introduire dans Genève le goût des arts, de la littérature, de la poésie, et Calvin écoutait ses plans sans froncer ses gros sourcils gris. Ainsi le contraste du caractère et de la personne était aussi complet que les contrastes de l’esprit entre ces deux hommes célèbres. 

Calvin reçut le salut très humble de Chaudieu, en répondant par une légère inclination de tête. Chaudieu passa dans son bras droit les brides des deux chevaux et suivit ces deux grands hommes de la Réformation en se tenant à gauche de Théodore de Bèze, qui marchait à droite de Calvin. La bonne de Calvin courut pour empêcher qu’on ne fermât la porte de Rives, en faisant observer au capitaine de garde que le pasteur venait d’être pris de douleurs cuisantes. 

Théodore de Bèze était un fils de cette commune de Vézelay, la première qui se confédéra et dont la curieuse histoire a été faite par l’un des Thierry. Ainsi l’esprit de bourgeoisie et de résistance, endémique à Vézelay, a sans doute fourni sa part dans la grande révolte des réformés en la personne de cet homme qui certes est une des plus curieuses figures de l’Hérésie. 

Vous souffrez donc toujours ? dit Théodore à Calvin. 

– Un catholique dirait comme un damné, répondit le réformateur avec cette amertume qu’il mettait dans ses moindres paroles. Ah ! je m’en vais, mon enfant ! Et que deviendrez-vous sans moi ? 

– Nous combattrons à la clarté de vos livres ! dit Chaudieu. 

Calvin sourit, son visage empourpré prit une expression gracieuse, et il regarda favorablement Chaudieu. 

– Hé bien ! vous m’apportez des nouvelles ? reprit-il. 

[,,,]

Nous a-t-on beaucoup massacré des nôtres ? fit-il a souriant et montrant une railleuse joie qui brilla dans se yeux bruns. 

– Non, dit Chaudieu, tout est à la paix. 

— Tant pis, tant pis ! s’écria Calvin. Toute pacification serait un mal, si chaque fois ce ne devait pas être piège. La persécution est notre force. Où en serions-nous si l’Eglise s’emparait de la Réforme

– Mais, dit Théodore, c’est ce que semble vouloir faire la reine mère. 

– Elle en est bien capable, dit Calvin. J’étudie cemas femme… 

— D’ici ? s’écria Chaudieu. 

– Y a-t-il des distances pour l’esprit ? répliqua sévèrement Calvin qui trouva de l’irrévérence dans l’interruption. Catherine souhaite le pouvoir, et les femmes dans cette visée n’ont ni honneur ni foi. De quo s’agit-il ? 

– Eh bien ! elle nous propose une espèce de concile dit Théodore de Bèze. 

– Auprès de Paris ? demanda Calvin brusquement. – Oui ! – Ah ! tant mieux ! fit Calvin. 

– Et nous y essaierons de nous entendre et de dresser un acte public pour fondre les deux Eglises. 

– Ah ! si elle avait le courage de séparer l’Eglise française de la cour de Rome et de créer en France un patriarche comme dans l’Eglise grecque, s’écria le réformateur dont les yeux brillèrent à cette idée qui lui permettait de monter sur un trône. Mais, mon fils la nièce d’un pape peut-elle être franche ? elle veut gagner du temps. 

– Ne nous en faut-il pas pour réparer notre échec d’Amboise, et organiser une résistance formidable sur tous les points du royaume ? 

– Elle a renvoyé la reine d’Ecosse, dit Chaudieu. 

– Une de moins! dit Calvin en passant sous la porte de Rives. Elisabeth d’Angleterre nous la contiendra. [,,,]


Il se frotta les mains, et sa joie eut un caractère si féroce, que de Bèze frissonna, car il aperçut alors la mare de sang que contemplait son maître depuis un moment. 

— Les Guise ont irrité la maison de Bourbon, dit de Bèze après une pause, ils ont à Orléans brisé la paille entre eux, 

– Eh bien ! reprit Calvin, tu ne me croyais pas, mon fils, quand, à ton dernier départ pour Nérac, je te disais que nous finirions par susciter entre les deux branches de la maison de France une guerre à mort ! Enfin, j’ai une cour, un roi, une famille dans mon parti. Ma doc trine a fait maintenant son effet sur les masses. Les bour geois m’ont compris, ils appelleront désormais idolâtres ceux qui vont à la messe, qui peignent les murailles de leurs temples, qui y mettent des tableaux et des statues. Ah! il est bien plus facile au peuple de démolir des cathédrales et des palais, que de disputer sur la foi justifiante ou sur la présence réelle ! Luther était un disputeur, moi je suis une armée ! il était raisonneur, moi je suis un système ! Enfin, mes enfants, ce n’était qu’un taquin, moi je suis un Tarquin! Oui, mes fidèles briseront les églises, ils briseront les tableaux, ils feront des meules avec des statues pour broyer le blé des peuples. Il y a des corps dans les Etats, je n’y veux que des individus ! Les corps résistent trop, et voient clair là où les multitudes sont aveugles ! Maintenant il faut mêler à cette doctrine agissante des intérêts politiques qui la consolident et qui entretiennent le matériel de mes armées. J’ai satisfait la logique des esprits économes et la tête des penseurs par ce culte nu, dépouillé qui transporte la

religion dans le monde des idées. J’ai fait comprendre au peuple les avantages de la suppression des cérémonies. A toi, Théodore, à embaucher des intérêts. Ne sortez pas de là. Tout est fait, tout est dit maintenant comme doctrine[,,,]

– J’aimerais mieux une victoire paisible amenée le temps et par la raison, dit de Bèze. 

– Par le temps ? s’écria Calvin, en jetant sa chaise terre, par la raison ? Mais vous êtes fou ? La raison une conquête ? vous ne savez donc rien des hom vous qui les pratiquez, imbécile ! Ce qui nuit à ma trine, triple niais, c’est qu’elle est raisonnable ! P foudre de saint Paul, par l’épée du Fort, citrouille vous êtes, Théodore, ne voyez-vous pas la vigueur muniquée à ma Réforme par la catastrophe d’Ambos Les idées ne poussent qu’arrosées avec du sang ! L’a sinat du duc de Guise serait le motif d’une horrible sécution, et je l’appelle de tous mes veux ! Nos is sont préférables à des succès ! La Réforme a les mo de se faire battre, entendez-vous, bélitre ! tandis que Catholicisme est perdu, si nous gagnons une seule bata Mais quels sont donc mes lieutenants ?… des chi mouillés au lieu d’hommes ! des tripes à deux parte des babouins baptisés. O mon Dieu, me donneras-tu ans de vie encore ! Si je meurs trop tôt, la cause de vraie religion est perdue avec de pareils maroufles ! To aussi bête qu’Antoine de Navarre ! sors, laisse-moi veux un meilleur négociateur ! Tu n’es qu’un âne godelureau, un poète, va faire des catulleries, des the lades, des acrostiches ! Hue ! 

Les douleurs de la gravelle avaient entièrement domptées par le feu de cette colère. La goutte se ta devant cette horrible excitation. Le visage de Calvin en nuancé de pourpre comme un ciel à l’orage. Son van front brillait. Ses yeux flamboyaient. Il ne se ressemb plus. Il s’abandonna à cette espèce de mouvement ép tique, plein de rage, qui lui était familier;

[,,,]

il leur dit d’une voix émue : « Mes vices, qui sont nom breux, me coûtent moins à dompter que mon impatience ! Oh ! bête féroce, ne te vaincrai-je jamais ? » ajouta-t-il en se frappant la poitrine. |- Mon cher maître, dit de Bèze d’une voix caressante et en prenant les mains de Calvin qu’il baisa, Jupiter tonne, mais il sait sourire. 

Calvin regarda son disciple d’un cil adouci en lui disant : « Comprenez-moi, mes amis. » 

– Je comprends que les pasteurs des peuples ont de terribles fardeaux, répondit Théodore. Vous avez un monde sur vos épaules. 

– J’ai, dit Chaudieu, que l’algarade du maître avait rendu pensif, j’ai trois martyrs sur lesquels nous pouvons compter. Stuart, qui a tué le président, est en liberté… 

– Erreur ! dit Calvin doucement et en souriant comme tous les grands hommes qui font succéder le beau temps sur leur figure, comme s’ils étaient honteux d’y avoir laissé régner l’orage. Je connais les hommes. On tue un président, on n’en tue pas deux. 

– Est-ce absolument nécessaire ? dit de Bèze. 

– Encore ? fit Calvin en enflant ses narines. Tenez, laissez-moi, vous me remettriez en fureur. Allez avec ma décision. Toi, Chaudieu, marche dans ta voie et main tiens ton troupeau de Paris. Que Dieu vous conduise ! Dinah !… éclairez mes amis. [,,,]- Et tu veux les ménager ? dit Calvin en embrassant de Bèze. Il prit la main de Chaudieu en lui disant: – Sur tout pas de huguenots, pas de réformés, devenez calvinistes ! Ne parlez que du calvinisme… Hélas ! ce n’est pas ambition, car je me meurs… mais il faut détruire tout de Luther, jusqu’au nom de luthérien et de luthéranisme !  [,,,]

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#Romantisme

LA GENERATION ROMANTIQUE

FILM de Sylvie Verheyde

Confession d’un enfant du Siècle(1836)

d’après l’œuvre autobiographique d’Alfred de Musset (1810-1857)

I Le héros romantique et le Mal du Siècle :

Autour de 1800, le romantique a l’impression d’être né trop tard pour vivre de grandes choses. Ils arrivent après l’époque napoléonienne, temps des héros guerriers, où l’on pouvait s’illustrer par la carrière militaire. Mais sous la Restauration et la Monarchie de Juillet (1815-1848) ils sont condamnés au désœuvrement et à l’ennui, ne pouvant participer à la vie politique ( voir Le Rouge et le noir de Stendhal). Thèmes romantiques : exotisme (Contes d’Espagne et d’Italie), lyrisme personnel, réflexion historique, moralisme lucide, conscience de la dualité humaine, vanité de l’action, pessimisme fondamental, artiste béni et maudit en quête de rédemption.
Comment se traduit cet aspect du romantisme à l’écran ?

II Exaltation du Moi, le lyrisme romantique :

Comment se traduit ce goût pour l’introspection dans l’adaptation cinématographique de Sylvie Verheyde ? Les gros plans : visage du héros Octave, les yeux fermés la mise en abîme de la dimension autobiographique par les objets symboliques : le journal de Brigitte (alias George Sand, femme écrivain et amante de Musset)

III La passion amoureuse et le désenchantement :

Conversation avec les femmes moins mondaine qu’intellectuelle : goût pour sonder les profondeurs de l’âme humaine avec des questions sur la connaissance de l’être . La complicité sentimentale, artistique et intellectuelle, mise en scène hyperbolique des sentiments. Allusion de Brigitte au désir de fuir (voyage en Europe et en Italie de Musset et Sand, passion tumultueuse faite de brusques ruptures et retrouvailles et longue correspondance épistolaire). Les années 1833-1835 sont marquées par une liaison mouvementée qui débute par un voyage en Italie et inspire à Musset des textes douloureux (Les Nuits, recueil poétique). Sand est une femme libérée, féministe, autoritaire, passionnée. Son nom d’emprunt lui permet d’écrire et de contourner les conventions sociales du XIXème siècle. «… Mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : j’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.» Alfred de Musset, On ne badine pas avec l’amour (1834)

Le Mal du Siècle

Voici quelques vidéos pour comprendre ce concept du mouvement littéraire romantique,

“Les Confessions d’un enfant du siècle”:

Visitez aussi le sommaire des Lettres ou Laissez nous un commentaire!

SMART EN #PHILO _ARTICLE #TRAVAIL_

Il semble plus que jamais utile de s’interroger dans un monde en crise (dérives du capitalisme et de la mondialisation,crise économique et sociale, crise des valeurs intellectuelles, culturelles, religieuses…) sur l’axiologie de nos sociétés.

L’un des thèmes au programme permet de mettre en perspective les textes des grands penseurs contemporains par rapport aux événements qui font l’actualité.

Nous interrogerons donc les concepts de dignité et d’aliénation au travail.


Lire la suite « SMART EN #PHILO _ARTICLE #TRAVAIL_ »

Nathalie Sarraute 1900-1999_ Enfance 1983

I La naissance d’un écrivain : un récit de vie sur 1 période précise de sa vie, pourquoi ?

Nathalie Sarraute est connue comme l’une des figures du Nouveau Roman depuis Tropismes 1939 (recueil de 24 récits) et en 1959 Le Planétarium, elle rencontrera enfin avec Enfance, son autobiographie, un véritable succès en 1983.

Son entrée en littérature est due à une radiation du barreau de Paris en 1940, à cause des « Lois anti- juives » du régime de Pétain.

Elle a hébergé ,dans ces circonstances d’oppression et de résistance, un autre écrivain du #Bac, Samuel Beckett. Cela a certainement dû influencé aussi son œuvre théâtrale. Nous citons l’article de Jacques Lassalle Nathalie Sarraute ou l’obscur commencement :

« Et Beckett, Nathalie ? Où en êtes-vous avec Beckett ? — Durant la guerre, nous avons été cachés l’un et l’autre en Provence par la famille qui acceptait de m’employer. J’étais censée alors, pour échapper à la Gestapo, être une institutrice divorcée, et je ne voyais mes enfants et mon mari que de loin en loin. Beckett avait un appétit d’ogre. Et sa compagne s’entendait comme personne à dérober à son profit toutes les cartes de ravitaillement. De façon générale, je n’ai jamais vénéré personne. Pas même Shakespeare. Les œuvres, c’est autre chose. »

Entretiens du samedi avec Jacques Lassalle, propos recueillis dans l’article Nathalie Sarraute ou l’obscur commencement


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Les Contemplations de Victor Hugo #bac

ELUCIDATION DU TITRE DU RECUEIL LES CONTEMPLATIONS ET PROJET LITTERAIRE

Que signifie le titre du recueil Les Contemplations, 1856?

L’origine du mot et de la pratique de la contemplation :

En latin, con/templum, id est littéralement « avec le temple », donc invitation à entrer par le poème dans l’espace, le domaine du sacré, de l’intime.

Ce titre nous fait aussi penser à un sonnet de Charles Baudelaire intitulé Correspondances in Les Fleurs du Mal:

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.
Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
II est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
— Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,
Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, IV, 1857

Victor Hugo et la génération des poètes romantiques nous invite à un renouveau du lyrisme dans le :

(suivez ce lien pour le point sur le Mouvement du Romantisme)

Temple de la Nature romantique

Temple de l’âme humaine

et enfin, le Temple de la Foi, refuge pour Victor Hugo en deuil.

Donc, un recueil placé sous le signe du sacré, avec une dimension spirituelle assumée ce que nous démontrerons aisément à partir du recueil et de la tradition poétique, philosophique et spirituelle dans laquelle il semble s’inscrire.

Par extension dans la pratique religieuse, le mot contempler devient « regarder attentivement,admirer,méditer, adorer. »


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#Balzac La Comédie Humaine

Le Martyr Calviniste

ETUDES PHILOSOPHIQUES DE LA COMÉDIE HUMAINE sur la monarchie et la religion, Sur Catherine de Médicis

Le projet de la Comédie Humaine

Vous trouverez dans cet article 2 passages étudiant les principales scènes historiques de l’histoire du Tumulte d’Amboise 1560 et l’étude des portraits de 3 personnages, portrait du héros et des personnages historiques de Catherine de Médicis et de Calvin (et Théodore de Bèze).

L’Introduction à Sur Catherine de Médicis a été composée à la même époque que l’Avant-Propos de La Comédie Humaine. Pour mieux comprendre les enjeux littéraires de ce roman citons quelques

Extraits de l’Avant -Propos de La Comédie humaine ,Cercle du Bibliophile, tome I , d’après l’édition illustrée de 1852:

« La société est calquée sur l’animalité ; le milieu social et naturel crée l’homme, mais l’individu inscrit son nom dans les choses. La traduction esthétique de cette vision unitaire de l’humanité eût été impossible sans l’exemple de Walter Scott. » Rolland Chollet

« Le voici cependant qui clame à nouveau son credo politico-religieux_ « J’écris à la lueur de deux Vérités éternelles : la Religion, la Monarchie… »

« La passion est toute l’humanité. Sans elle, la religion, l’histoire, le roman, l’art seraient inutiles. »


L’ensemble des romans réunis sous le titre La Comédie Humaine a pour but, selon la célèbre formule de Balzac, de « faire concurrence à l’état civil » (Avant-propos à la Comédie Humaine). Cette concurrence prend trois aspects décrits par Balzac lui-même : « les Études de mœurs, représenteront les effets sociaux, (…) la seconde assise est les Études philosophiques, car après les effets viendront les causes (…). Puis, après les effets et les causes viendront les Études analytiques, car après les effets et les causes, doivent se rechercher les principes (…). ». La Comédie Humaine est construite de manière à embrasser tout le XIXe siècle pour dresser le portrait de la complexité du monde et de la société.


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